RMC

Déserts médicaux: "Il y a une peur des internes d'exercer seul cette médecine de proximité"

Roselyne Bachelot était l'invitée de Carrément Brunet sur RMC.

Roselyne Bachelot était l'invitée de Carrément Brunet sur RMC. - -

D'après un sondage Elabe pour RMC, 80% des Français sont favorables à des mesures contraignantes pour obliger des médecins à s'installer sur les déserts médicaux. Pour Roselyne Bachelot, invitée d'Eric Brunet, il faut surtout redonner envie aux jeunes médecins de devenir généraliste et limiter les installations dans les zones denses.

A Paris, 798 médecins se partagent 100.000 habitants quand dans l'Eure ils sont 180 pour la même population, d'après le ministère de la Santé. Ces dernières années, les déserts médicaux se sont accentués, pourtant les médecins continuent de sortir plus nombreux des facs de médecine. 

"Le nombre de médecins ne cesse d'augmenter dans notre pays, mais le nombre de médecins généralistes ne cesse de décroître à cause du manque d'intérêt pour cette profession, pas seulement dû aux conditions financières", assure l'ancienne ministre de la Santé Roselyne Bachelot.

La profession de médecin de famille n'attire pas dans les zones rurales. Faut-il pour autant les obliger à s'installer dans ces déserts médicaux comme le souhaitent 80% des Français selon un sondage Elabe pour RMC.

"En général, le désert médical n'est pas seulement sous-dense médicalement, il est sous-dense en service, sous-dense en commerce. Et les médecins qui s'installent sont comme tout le monde, ils ont des enfants à scolariser, des courses à faire, une vie sociale à assumer. On ne peut pas faire peser sur les médecins toutes ces questions d'aménagement du territoire", estime Roselyne Bachelot.

Une formation trop centrée sur l'hôpital

Pour elle, le problème vient notamment de la formation qui met en avant le médecin hospitalier et pas le généraliste. "La formation médicale est trop hospitalo-centrée, ce qui fait qu'il y a une certaine peur des internes d'aller tout seul exercer cette médecine de proximité", déplore-t-elle.

Malgré les incitations financières, des villages finissent par se retrouver sans médecin. C'est ce qui arrivera peut-être à Saulnot en Haute-Saône. Patrick Laine, le médecin généraliste de cette commune de 900 habitants est allé jusqu'à poster une annonce sur Le Bon Coin proposant de donner sa patientèle et tout son matériel médical. Malgré son offre intéressante publiée en février, ce médecin de 66 ans n'a eu aucun retour. "Toutes les mesures qui ont été prises étaient incitatives et non pas coercitives et n'ont rien apporté", déplore-t-il sur RMC. Pour lui, des mesures contraignantes doivent être mises en place.

"Les jeunes médecins qui sortent ont la chance comme j'ai eu d'avoir des études qui ont été payées par nos propres impôts, en retour on pourrait très bien leur dire à ces jeunes, vous allez un an dans un village, remplir les cases, et si au bout d'un an vous n'êtes pas contents, c'est pas grave parce que la promotion qui suivra viendra remplir les cases et il finira bien par s'installer quelqu'un", espère-t-il. 

Roselyne Bachelot préfère des dispositifs de régulation et notamment le "conventionnement sélectif" appliqué pour les infirmiers par exemple. "On fait une carte avec les besoins, les zones peu dotées, sur-dotées. Vous ne pouvez vous installer que si vous remplacez quelqu'un". Avec ce dispositif, l'ancienne ministre revendique avoir augmenté "de 33% le nombre d'infirmiers en zone sous-dense".

C. B