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Failles sanitaires, environnementales, éthiques: pourquoi le bio pourrait devenir pire que l'agriculture conventionnelle

Invitée ce mercredi dans "Radio Brunet", la rédactrice en chef de "60 millions de consommateurs" Christelle Pangrazzi a alerté sur la nécessité de repenser le label bio qui souffre aujourd'hui de "véritables aberrations".

Le magazine "60 millions de consommateurs" alerte sur le bio. Alors que la demande pour les produits bio explose, le magazine met en garde contre les failles de la filière, loin d'être exemplaire. Dans son hors-série consacré au "meilleur du bio", la rédaction met en garde contre les "montagnes de promesses" du secteur qui est "loin d'être sans failles", après un banc d'essai de 130 produits.

Le magazine pointe plusieurs points à améliorer: l'utilisation des engrais et pesticides, l'exploitation intensive, l'impact carbone négatif des fruits hors-saison, le fait que certains fruits et légumes bio soient vendus sous plastique... 

Parmi les 130 produits testés par le magazine, quelques uns sont emblématiques: le lait, les céréales du petit déjeuner, la pâte à tartiner, les pommes, mais aussi le vin, la viande ou le poisson.

"Quand on achète un produit bio, on essaie aussi d'acheter des produits qui sont bons pour l'environnement, ça fait partie des critères d'achat. Sauf que le bilan carbone d'un produit importé est absolument mauvais. Alors on va se dire qu'on ne mange plus de Nutella à cause de l'huile de palme, donc on va se diriger vers une pâte à tartiner bio. Mais des études ont montré que l'huile de palme bio nécessite plus de déforestation que l'huile de palme conventionnelle, donc on est dans des aberrations écologiques dans le bio", pointe Christelle Pangrazzi, la rédactrice en chef du magazine.

"Il faut garder une exigence"

Elle pointe un sérieux problème de labélisation: "Pour avoir le label AB, il faut simplement avoir une rigueur sur le plan des pesticides. Mais par exemple, il y a le problème de l'huile de neem qui est utilisé comme pesticide et on se dit que c'est naturel alors que cette huile tue les abeilles et qu'en bio, on protège les abeilles. C'est une aberration. De la même manière, on utilise la bouillie bordelaise qui est du cuivre, sauf que le cuivre est néphrotoxique, néfaste pour vos reins et hépatotoxique, néfaste pour votre foie".

Christelle Pangrazzi dénonce aussi des failles éthiques:

"En Espagne, on cultive des tomates bio sous serres chauffées, donc impact écologique effroyable. On fait venir des travailleurs du Maghreb, du Pakistan, les gens vivent dans des bidonvilles et tout ça peut avoir le label bio".

Et d'alerter: "Si on n'y prend pas gare, le bio va devenir pire que le conventionnel. Il faut garder une exigence. Nous demandons donc que ces failles soient comblées lors de la révision du règlement européen en 2021".

Paulina Benavente