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Appareils contre l'apnée du sommeil: un malade soupçonne Philips d'être à l'origine de son cancer

INFO RMC. Est-ce le début d'un nouveau scandale sanitaire, qui concernerait 370.000 personnes en France? RMC a recueilli les témoignages d'utilisateurs d'appareils Philips contre l'apnée du sommeil. L'un d'entre eux veut savoir s'il y a un lien entre son cancer et ces machines potentiellement défectueuses.

C'était il y a trois semaines... Mathieu traine une toux qui ne passe pas. Il est hospitalisé. On lui diagnostique alors un cancer des ganglions, un lymphome. A 44 ans, sa vie bascule. Quelques jours plus tard, il découvre par hasard que des centaines de milliers d'appareils Philips contre l'apnée du sommeil, dont le sien, sont potentiellement dangereux. A l'échelle mondiale, Philips a d'ailleurs annoncé le rappel de plus de cinq millions de machines en juin dernier, dont 370.000 en France. Mais personne n'a prévenu Matthieu. Ni Philips, ni son pneumologue, ni le prestataire chargé d'entretenir l'appareil. 

"J'ai appris par hasard qu'il y avait une campagne de rappel de mon appareil d'apnée du sommeil, confie Mathieu à RMC. Je souhaiterais savoir pourquoi je n'ai pas été contacté depuis le mois de mai par Philips. Je n'ai reçu aucune lettre. Ils étaient au courant. Pourquoi on ne m'a pas prévenu ? Et bien évidemment, la question la plus importante, c'est savoir si la machine est responsable de mon cancer. J'ai l'impression d'être dans un film de science-fiction."

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A l'origine de cette affaire, un problème dans la conception des appareils Philips destinés à lutter contre l'apnée du sommeil, une affection qui touche 4% de la population française. A l'intérieur de ces dispositifs dits PPC (Pression Positive Continue) : une mousse insonorisante susceptible de dégager des particules chimiques en se dégradant. Risques décrits par le géant néerlandais de l'électronique: "Maux de tête, irritation, toxicité effets cancérigènes". 

Pourtant, presque 8 mois après son annonce, Philips n'a récupéré que 25.000 appareils en France, à peine plus de 6%. L'immense majorité des utilisateurs ont toujours le leur, et ne sont même pas au courant du risque qu'ils encourent.

Dimitri a lui aussi appris par hasard le rappel de sa machine: "J'ai appelé mon pneumologue et le prestataire de l'appareil en septembre après avoir vu sur les réseaux sociaux qu'il y avait un problème. Ils m'ont dit qu'il n'y avait aucune dangerosité, qu'il fallait changer l'appareil mais qu'en attendant, il fallait continuer le traitement". Une réponse qui ne rassure pas Dimitri, contraint de se brancher toutes les nuits, la peur au ventre: "Si c'est pour mettre quelque chose dans le nez qui est dangereux, qui est cancérigène... Ça m'inquiète." Une page Facebook a été ouverte pour les possesseurs de ces appareils Philips

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"Philips sera le Mediator de la respiration"

Outrées, les associations de patients, contactées par RMC, assurent avoir beaucoup de mal à obtenir des informations, que ce soit de la part de Philips ou des autorités sanitaires.

"C'est un scandale sanitaire qu'on étouffe pour des raisons financières. Philips deviendra le Mediator de la respiration, je le dis haut et fort", dénonce Christian Trouchot, le président d'Airas, une association d'insuffisants respiratoires.

Ces associations dénoncent notamment les incohérences des consignes données aux patients. Alors que Philips avait initialement appelé à arrêter l'utilisation des appareils, le fabricant hollandais se retranche désormais derrière les professionnels de santé, recommandant aux patients de "consulter leur médecin". 

L'ANSM, l'Agence nationale de sécurité du médicament en France, recommande d'ailleurs la poursuite du traitement "compte tenu de l’incapacité du fabricant à remplacer l’ensemble des machines". Dans ses dernières recommandations aux professionnels de santé, l'ANSM n'évoque même plus les risques cancérigènes, mais seulement les symptômes comme "maux de tête, irritation des yeux et des voies respiratoires, toux, pression respiratoire ou infection des sinus".

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Autre incohérence: alors que Philips décrit lui-même les risques cancérigènes liés à l'utilisation de ses appareils, son directeur médical monde, Jan Kimpen, interrogé par RMC, affirme: "Nous n'avons aucune preuve que nos appareils donneraient le cancer, avec les dernières données que nous avons... Je suis médecin et je suis confiant quand je dis ça aux patients". 

L'Agence du médicament confirme pourtant à RMC qu"au vu des données transmises par Philips, un risque cancérigène ne peut être exclu". Elle assure également avoir demandé à Philips la mise en place d’un suivi clinique des patients. Impossible cependant de savoir quand ce suivi a été demandé, ni quelle a été la réponse du fabricant. Les associations de malades, en tous cas, qui ont formulé cette demande à de multiples reprises, assurent n'en avoir jamais entendu parler. 

Selon les informations de RMC, une nouvelle réunion devrait avoir lieu ce lundi 7 février entre les autorités sanitaires et les associations de patients.

Marie Dupin avec Joanna Chabas, Benoit Ballet et Ann Lyvia Tollinchi