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D'anciens policiers, gendarmes et détectives dans une "brigade pour lutter contre les fraudes" à la CAF: une bonne idée?

La Caisse nationale d'allocations familiales va se doter d'une brigade de supers enquêteur. Mais sur RMC, une sénatrice déplore le problème bureaucratique et les directeurs d'agences issus d'un même sérail qui ferment les yeux.

Pour lutter contre la fraude aux allocations sociales, la Caisse nationale d’allocations familiales lance ses super contrôleurs. Dans le viseur, toutes les personnes contournant la loi pour toucher les prestations sociales, comme les fraudes au RSA, à la prime d’activité ou les aides au logement. Et avec la pandémie, les contrôles et le montant de la fraude est tombé. De 323 millions en 2019, le montant est passé à 255 millions en 2020.

Anciens policiers, gendarmes et détectives seront donc ainsi chargés de traquer les fraudeurs sociaux. Ils pourront contrôler sur pièces et se rendre sur place.

"Partout où il y a de la fraude, il faut aller vérifier, qu’elle soit fiscale ou sociale", plaide l’avocate Marie-Anne Soubré ce vendredi sur le plateau des "Grandes Gueules". "Mais la fraude est surtout liée au fait que c’est mal fait. J’ai touché des aides quand j’avais encore deux enfants à charge. Il m’est arrivé de recevoir, 5 à 6 fois la même demande", ajoute-t-elle.

Julie employée à la CAF dans le Val-de-Marne se félicite: "C’est une bonne chose, c’est un plus mais je ne sais pas si cela va changer. C’est beaucoup du déclaratif, n’importe qui peut déclarer n’importe quoi et ça passe. On peut avoir des doutes sur certains dossiers mais on ne peut rien faire sans preuve".

Et la fraude pourrait être encore plus vaste assure Nathalie Goulet, sénatrice UDI de l'Orne et auteur d'un rapport sur la fraude sociale:

"Les brigades ne suffisent pas. Il faut connecter les données échanger les informations. On parle de la fraude détectée, c’est le nez au milieu de la figure. Il faut aussi rappeler que ce n’est pas une "fraude de pauvre", mais une fraude organisée et aux finances publiques", ajoutant ne pas croire les chiffres communiqués.

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"Il y a plus de cartes vitales que de Français"

"Les chiffres qu’on a, il faut les multiplier par 10! Ce n’est pas 300 millions d’euros mais 3 milliards de fraude". Et elle assure que ce n’est pas fini. En sortant de la crise, elle craint de voir les fraudes augmenter avec la fraude au chômage partiel, dénonçant également la bureaucratie en place qui ne fait rien pour lutter contre.

"Il y a un quarteron de gens qui viennent des mêmes équipes qui sont une fois directeur de la caisse de retraite, une fois directeur de la caisse de sécu, une fois directeur de cabinet ici ou là donc tout le monde se couvre (...) Il y a la responsabilité des gens aux manettes. Ce n’est pas normal quand un directeur d’une caisse dit dans un rapport officiel qu’il y a 8,15 millions de cartes vitales en trop et que ça passe comme une lettre à la poste", assure la sénatrice.

"Il y a plus de cartes vitales que de Français. Il y a tout un tas de gens qui habitent à l’étranger qui ne devraient pas avoir de carte vitale et qui viennent se faire soigner en France", rappelle Nathalie Goulet, se félicitant que l'Etat ait fini par se saisir du problème.

Et pour régler les problèmes restants, elle plaide pour s'inspirer de la Belgique où un système informatique fonctionne très bien, alors qu'en France, en plus de carences en informatique, la réponse judiciaire est trop faible: "Le temps que les procédures se mettent en marche et qu’on essaye de recouvrer l’argent, celui-ci est parti depuis longtemps".

Guillaume Dussourt