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La campagne des régionales se joue aussi sur Wikipedia

A quelques jours des régionales, la campagne régionale se joue aussi, de façon beaucoup moins visible. Sur Wikipedia, certains candidats n’hésitent pas à modifier les pages qui les concernent pour tenter de les présenter sous un jour plus positif.

C’est une bataille invisible qui se joue discrètement dans les entrailles d’internet. Une bataille de communication, sur l’un des sites les plus consultés au monde, Wikipedia.

Le principe de Wikipedia, c’est que n’importe qui peut modifier une page, même si tout est vérifié en temps réel par une armée de modérateurs. Et les hommes politiques, via leurs community manager ou parfois des agences de com, ne s’en privent évidemment pas, pour essayer de se présenter sous un jour positif.

Le site spécialisé Numérama a réalisé une enquête sur le sujet. Une tête de liste sur trois serait concernée par ces caviardages, des éloges inappropriés ou autres. Laurent Saint-Martin par exemple, le candidat LaREM en Île-de-France, qui souffre d’un certain déficit de notoriété, s’est offert les services d’une agence de communication pour modifier plusieurs dizaines de fois sa page Wikipedia pour valoriser au maximum son travail législatif.

On peut aussi citer le cas d’Aurélien Pradié, tête de liste LR en Occitanie, épinglé pour manque de neutralité : en haut de sa fiche Wikipedia, un gros avertissement en rouge on peut lire: "Cet article semble être une page autobiographique ou autocentrée qui a fait l’objet de modifications par le principal intéressé".

On pourrait en citer beaucoup d’autres. Il existerait même un business autour de ça: des agences d’e-reputation, chargées, discrètement, d’améliorer les pages de leurs clients, politiques ou entreprises.

Souvent, les ficelles sont grosses, et les 'Wikipediens' veillent au grain. Car toutes les modifications sont enregistrées et font l’objet de débats. Les pages Wikipedia des candidats sont un enjeu éminemment politique. C’est souvent le premier résultat de recherche quand on tape le nom d’un candidat dans Google, devant leur site de campagne!

Donc évidemment ce qu’on raconte sur ces pages, la façon dont les personnalités sont présentées peut avoir une influence majeure notamment sur les indécis.

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Un grand classique

Pendant la dernière présidentielle, les profils des candidats avaient été modifiés des centaines de fois. Parfois dans un objectif de vandalisme. Comme ce petit malin qui avait changé le paragraphe d’introduction de la page de François Fillon pour le présenter comme le "plus grand escroc français". La page était vite revenue à la normale, ces pages étant très surveillées.

Et puis il y a les discussions de fond : tout est délicat et entraîne des discussions souvent courtoises mais acharnées. Même le choix des photos est délicat, parce que toujours biaisé. Sur les pages "discussion", qui retracent tout le processus de création des pages, on lit par exemple les débats pour choisir la photo d’illustration de la page d’Emmanuel Macron ou de Jean-Luc Mélenchon, avec tout un débat parce que celle qui a été choisie n’est pas forcément à son avantage : est-ce qu’on choisit une photo où le candidat fait la tête ? une où il sourit ?

Et encore, face aux Américains, on fait presque figure de petits joueurs. La campagne 2016 entre Trump et Clinton a été un carnage de ce point de vue. Sur Wikipedia, Hillary Clinton s’est trouvée rebaptisée "U Suck", et Donald Trump "Ronald Dump" (Dump = décharge). On pouvait lire sur la page d’Hillary Clinton qu’elle voulait « détruire les Etats-Unis" et était "membre du parti communiste" ou que Trump était "né en enfer". Ou même une page qui a été plusieurs fois effacée avant d’être restaurée…

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L’influence de Google

Il y a aussi ce qu’on appelle le "search engine manipulation effect", le fait que le nom qui apparaît en premier quand on fait une recherche sur Google va avoir un effet sur la décision d’une personne qui ne sait pas pour qui elle va voter. Ce sont des chercheurs américains qui ont montré ça. Ils ont d’ailleurs testé cette hypothèse sur un groupe de cobayes aux Etats-Unis. En leur soumettant des résultats de recherche truqués -en créant un faux moteur de recherche- qui mettent en avant un candidat plutôt qu’un autre, on se rend compte que les indécis ont tendance à voter pour celui qui est le mieux placé dans les résultats de recherche.

Et pour cause : plus de 30% des clics se font sur le premier lien de la première page. A travers ces deux exemples on voit à quel point les outils numériques peuvent avoir, sans même qu’on ne s’en rende compte, une influence sur le vote.

Anthony Morel