RMC

Pourquoi EDF est dans une situation économique compliquée

EDF a signé un accord pour une revalorisation salariale d'au moins 200 euros par mois pour tous les salariés. Les syndicats ont salué un accord "exceptionnel". Mais l'entreprise ne se porte pas au mieux.

Un accord salarial a été signé jeudi à EDF. Cela met fin à la grève qui affectait les centrales nucléaires depuis plusieurs semaines. Un soulagement donc puisque 12 centrales sur 18 étaient affectées par ce mouvement de grève. Des centrales en services et surtout des centrales à l'arrêt pour cause de travaux sur les réacteurs.

Ce mouvement de grève risquait donc de retarder la remise en route de ces centrales et d'entraîner de vrais soucis cet hiver. C'est-à-dire des coupures des délestages, pour les entreprises, mais aussi possiblement pour les particuliers en cas de vague de froid. La semaine dernière, Bruno Le Maire, le ministre de l’Économie, avait lancé un avertissement sur RMC et BFMTV. Il avait dit: “Il faut absolument respecter le calendrier de reprise des réacteurs”, et donc reprendre les travaux et donc mettre un terme à la grève. Le message a l'attention de la direction d’EDF était parfaitement clair.

L’accord signé jeudi avec quatre syndicats prévoit une augmentation d’au moins 200 euros par mois pour tous, c’est le minimum. Ce qui représente plus de 10% pour les plus petits salaires. “C’est sans précédent" a souligné la CGT visiblement satisfaite. Pour les autres, EDF accorde des augmentations individuelles d’en moyenne 2,45% de salaires qui viennent s’ajouter aux revalorisations déjà décidées il y a quelques jours de 4,6%. On est donc à 7%. Plus une prime exceptionnelle de 2600 euros brut.

Les quatre syndicats représentatifs ont signé l’accord à l’unanimité et le travail va reprendre dans les centrales. Mais tout cela à un coût. La masse salariale de l’entreprise va augmenter de 9,5 %. C’est le prix qu’il fallait mettre pour ne pas se retrouver dans le noir cet hiver.

EDF n'engrange pourtant pas comme Total

Sauf qu’EDF, contrairement à Total, est une entreprise qui perd de l’argent. Les derniers chiffres sont tombés jeudi. Les mauvais chiffres de la production d'énergie nucléaire vont lui coûter 32 milliards et non pas 24 milliards comme prévu jusqu'à présent. En cause, les pannes et les réparations sur les circuits des réacteurs où l’on a découvert de la corrosion. En cause également les barrages dont la production a baissé de 25% en raison de la sécheresse.

Et bien sûr les causes structurelles et notamment le surcoût et les retards de plus de 10 ans sur le réacteur EPR de Flamanville. L’EPR devait être le sauveur du nucléaire français et d’EDF. Pour l’instant, c’est un gouffre. L'endettement d’EDF devrait dépasser 60 milliards à la fin de l’année. Une dette que nous portons tous puisque EDF est en train d'être rationalisé à 100%.

Une lourde dette

Et puis il y a un autre facteur qui pèse sur les résultats, c’est l’afflux de nouveaux abonnés. En effet, c’est le paradoxe, toutes les entreprises du monde se félicitent lorsque de nouveaux clients arrivent en masse. Toutes sauf EDF, parce que chaque nouvel abonné représente de nouvelles pertes. Il y a environ un million de foyers qui sont revenus vers EDF pour bénéficier de tarif protégé. Cela représente une hausse du chiffre d'affaires de 77% depuis le début de l’année.

Mais c’est une fausse bonne nouvelle, parce qu’EDF pour fournir ces nouveaux clients va devoir beaucoup importer d'électricité et les prix ont explosé sur le marché européen. Sans parler d’une autre spécificité d’EDF. C’est une entreprise qui est obligée de vendre du courant à ses concurrents, et à le vendre moins cher qu’elle ne l'achète. D'où le déficit record attendu cette année.

Il faut souhaiter bonne chance au nouveau patron d’EDF. Il s’appelle Luc Frémont, il a 52 ans, c’est polytechnicien. Il prend ses fonctions dans 15 jours. Il va devoir remettre les centrales en route, gérer les pénuries, appliquer les hausses de salaires pour ses 160.000 salariés, tout en essayant de réduire la dette.

Nicolas Poincaré