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Pourquoi la grève à EDF est celle qui inquiète le plus le gouvernement

SNCF, carburants, routiers... Des grèves touchent différents secteurs ce mardi en France. Mais c'est celle des employés d'EDF qui semble inquiéter le plus le gouvernement. Car elle pourrait accentuer les retards sur les travaux des réacteurs nucléaires et donc avoir un impact cet hiver.

Parmi toutes les grèves de ce mardi, c’est celle à EDF qui inquiète le plus. La grève dans les centrales nucléaires françaises est surveillée comme le lait sur le feu par le gouvernement, parce qu’elle pourrait retarder les travaux en cours sur des réacteurs et donc nous mettre en danger énergétique.

Un mouvement social touche déjà cinq centrales depuis le mois dernier, avec des arrêts de travail. La CGT parle ce mardi matin de 13 réacteurs qui sont aux mains des grévistes. Pour l’instant, la direction d’EDF estime que ces mouvements n’auront qu’un faible impact sur les travaux, de l’ordre de quelques jours de retard. Mais si la grève devait durer et s’amplifier, alors on pourrait avoir un vrai problème cet hiver.

“C’est simple, on pourrait aller dans le fossé”: c’est ce que nous a confié le conseiller d’un ministre. “Aller dans le fossé”, cela veut dire connaître des coupures ou des délestages. Jeudi dernier, devant le Conseil social et économique d’EDF, le secrétaire du comité a prévenu: “Nous ne pourrons pas nous passer de délestages si nous avons un hiver très froid, et même si nous avons un hiver normalement froid”. Des délestages, cela veut dire des coupures tournantes qui toucheraient d’abord l’industrie, mais possiblement aussi les particuliers.

Actuellement, 25 réacteurs nucléaires sont à l'arrêt sur un total de 56. Le calendrier prévoit que tous doivent être remis en service d’ici février prochain. Un scénario qui permettrait de passer l’hiver. Mais si ce calendrier n’est pas tenu, alors “on va dans le fossé”.

Le gouvernement met la pression

Lundi matin, le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, a mis une très forte pression sur la direction d’EDF pour que le calendrier soit respecté. “Il est vital que les engagements soient tenus", a dit le ministre sur RMC-BFMTV. Ce qui est une façon de dire: débrouillez-vous pour trouver un accord avec les syndicats pour que la grève ne se prolonge pas. Et le message est certainement passé. Les négociations salariales ont justement été avancées et doivent recommencer ce mercredi.

Un accord de branche prévoit une hausse de 3,6% étalée sur deux ans, moitié pour 2022, moitié pour 2023. Mais les syndicats réclament 5% de plus immédiatement. Le gouvernement espère que la CGT acceptera de signer un accord majoritaire qui mettrait fin à la grève.

Si on en est arrivé à cette situation où on pourrait manquer d’énergie pour passer l’hiver, c’est parce que la France s’est reposée sur ses lauriers. Elle a été le leader mondial du nucléaire civil avec un programme très ambitieux dans les années 1970, mais ensuite plus rien n’a été fait. Ces dernières années, on a plus parlé de fermer des réacteurs que d’en construire de nouveaux. Et résultat, les centrales ont rouillé au sens propre. Si autant de réacteurs sont actuellement en panne, c’est notamment à cause de la corrosion découverte dans les tuyaux.

Le PDG sortant d’EDF, Jean-Bernard Levy, l’avait clairement expliqué. “On nous a dit 'préparez-vous à démanteler 14 centrales', donc on a embauché des gens capables de fermer les réacteurs, pas des gens pour en construire de nouveau”, expliquait-il.

Une déclaration qu’Emmanuel Macron avait jugé irresponsable, et qui a d'ailleurs accéléré le départ du PDG. Mais pourtant, c’est incontestable que depuis plusieurs décennies, on n’a pas préparé l’avenir. Emmanuel Macron, au début de son premier mandat, avait bel et bien acté la fermeture des centrales, avant de changer de cap en fin de mandat et d’annoncer la construction de six nouveaux réacteurs EPR. Seulement, ils ne produiront pas l'électricité avant des années. Et d’ici là, on aura des hivers difficiles, des situations tendues et des syndicats en position de force à EDF, comme aujourd'hui.

Nicolas Poincaré