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Suppression des droits de succession: l'économiste Thomas Porcher dénonce "une société d'héritiers"

Alors qu'Eric Ciotti brandit le serpent de mer de la suppression des droits de succession avant les élections pour la présidence de LR, l'économiste Thomas Porcher juge essentiel leur maintien, déplorant "une société d'héritiers" où les 1% les plus riches possèdent 25% du patrimoine français.

"Une vision étriquée et passéiste de la société". Pour Eric Ciotti, les droits de succession n'ont plus le droit de cité. À quelques jours de l'élection pour la présidence des Républicains, le député des Alpes-Maritimes ressort le serpent de mer de l'abolition de cet impôt "sur la mort". Eric Ciotti entend ainsi favoriser la transmission "du fruit du travail de toute une vie", et permettre de faire circuler "le capital de 5000 milliards d'épargne financière".

"On travaille toute sa vie avec un but et quand on meurt, on a envie que le fruit de notre vie appartienne à nos enfants", abonde ce vendredi sur le plateau des "Grandes Gueules" l'éditeur Mourad Boudjellal. "Et ce qui est injuste, c’est que les droits de succession, c’est un impôt sur la mort après avoir payé des taxes et des impôts toute sa vie", ajoute sur RMC et RMC Story celui qui a fait fortune en partant de rien.

"On veut protéger ceux après nous et on ne peut pas puisque c’est l’Etat qui le prend", déplore Mourad Boudjellal.

Mais l'économiste Thomas Porcher est résolument contre leur surpression. Pour éviter la concentration des richesses. "Il faut revoir les droits de succession", concède-t-il, plaidant pour aplanir des taux bas "pour ceux qui vont léguer un appartement ou une maison" et pour "les augmenter fortement en haut".

80% des milliardaires français ont hérité de leur fortune

"Les grandes fortunes en France, 80%, ce sont des héritiers avec une fortune qui s’est auto-valorisée. Résultat, il y a 10% des Français qui ont 50% du patrimoine français. Les 1% les plus riches ont 25% du patrimoine français, ça devient une société d’héritiers", assure l'économiste. C'est aussi ce qu'assure le Financial Times qui calculait en mai 2021 que près de 80% des milliardaires français avaient hérité de leur fortune, contre 65% pour les milliardaires allemands et 63% pour les milliardaires indonésiens qui complètent le podium.

"Ces gens, qui héritent parfois sur trois ou quatre générations et qui sont à la tête parfois des grandes entreprises de France, ont un discours sur le mérite ou la prise de risque qui est faux les concernant puisqu’ils ont hérité de tout ça", déplore l'économiste.

"Il y a une concentration du patrimoine comme on ne l’a jamais vu aujourd’hui entre les mains de quelques-uns. La seule façon de redistribuer ce patrimoine, c’est de plus le taxer. Et cela ne va pas rendre les gens forcément plus pauvres", estime Thomas Porcher.

Mais une telle taxation fait craindre à Mourad Boudjellal une fuite des grandes fortunes de France à l'étranger, pour échapper à l'impôt, un phénomène qui s'observe déjà aujourd'hui. En 2017, les droits de successions et de donations ont rapporté 14,1 milliards d'euros à l'Etat.

Guillaume Dussourt