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Ils simulent un suicide collectif pour protester contre le RSI, "une mafia, un monstre qui nous fait peur"

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- - Florian Harbuzaru

Lundi, six commerçants et artisans francs-comtois ont mis en scène leur propre suicide en se couchant au sol et répandant du sang autour d'eux dans les locaux de la caisse RSI de Besançon. Une opération coup de poing pour dénoncer "les graves dysfonctionnements" du régime social indépendant comme l'explique à RMC.fr Florian Harbuzaru, l'un des manifestants.

Florian Harbuzaru, menuisier et membre de l'association "Travailleurs indépendants et courageux, ras-le-bol du RSI", basée à Lure:

"Un peu plus tôt dans l'année, on a organisé une manifestation à Lure (Haute-Saône). Tous les commerçants et artisans avaient baissé leurs rideaux pour protester contre le RSI car dans cette ville de 8.000 personnes, il y a 42 vitrines fermées. Ensuite, les 17-18 octobre, on a fait une opération escargot jusque devant les bâtiments RSI de Besançon. Tout était fermé, on n'a pas pu dialoguer avec eux. On a donc dormi sur place et le lendemain, le directeur et le sous-directeur nous ont accueilli. Après, on est parti à la manifestation nationale sur Paris, le 28 novembre.

Mais comme rien n'a changé, on a voulu faire passer un nouveau message fort. On voulait dire au personnel de la caisse de Besançon: 'Ne nous prenez pas pour de la merde. Répondez-nous au téléphone. Trouvez les soucis qu'il y a et n'attendez pas que les gens se foutent en l'air'. Car il y a deux semaines un de nos collègues s'est coupé les veines. Ça faisait 21 mois qu'il attendait de toucher sa retraite après 40 ans de cotisations. On ne peut pas laisser faire ça en France. C'est inadmissible.

"Il y a un suicide par jour chez les travailleurs indépendants"

Le RSI est vraiment un monstre qui nous fait peur. C'est une mafia. On découvre tous les jours de nouvelles difficultés. Sur l'année, on paye des sommes phénoménales. Ils nous prennent 50% sur nos revenus. On ne sait pas comment sont fait les calculs, comment ils arrivent à estimer ces 50%. La conséquence de tout ça est que, au lieu de pouvoir évoluer et créer de l'emploi, on recule. Et ce n'est pas tout, un, deux ou trois ans après, on continue de payer 10.000, 15.000, 20.000 euros. Et personne ne justifie ces sommes donc on ne sait pas pourquoi on paye.

On passe des coups de téléphone, on tombe toujours sur des plateformes. Quand on envoie des courriers recommandés, soit on n'a pas du tout de réponse, soit on a des réponses qui ne sont pas claires. On ne comprend pas comment ils peuvent nous réclamer des choses qui datent de trois ans. Les travailleurs indépendants sont des gens courageux, qui créent des emplois. Nous sommes presque 7 millions à payer cette caisse. Aujourd'hui, les gens qui vont arrêter leur affaire, soit ils vont déprimer, vivre avec des cachets, un RSA parce que c'est difficile de tourner la page; soit, ceux qui n'ont plus de courage, ils se suicident. Aujourd'hui, on en parle très peu mais il y a un suicide par jour chez les travailleurs indépendants.

"On se serrait tous les jours la ceinture"

Moi j'ai démarré mon affaire en 2004 et tous les ans c'est de pire en pire. En plus de la menuiserie, avec ma femme, on faisait du béton imprimé et du marbre. On ne comptait pas nos heures. On faisait 70 heures par semaine pour 800 euros par mois. On se serrait tous les jours la ceinture. On était plus de dix personnes dans la boîte mais à un moment donné on s'est dit que ça ne servait à rien de continuer. On négligeait nos enfants, on se bouffait la santé. Du coup, elle a trouvé un boulot ailleurs et une boîte a racheté notre activité béton et marbre.

En début d'année, j'ai eu quelqu'un de la caisse RSI au téléphone pour qu'il m'explique comment ils fonctionnent et quel était mon échéancier. Parce que sur le papier tout va bien mais en réalité c'est autre chose. Je paye 817 euros tous les mois. Même en payant tout ça, au mois de juin, j'ai reçu une mise en demeure avant poursuite par huissier. J'ai envoyé un courrier recommandé avec la preuve de mon paiement. J'ai passé 15-20 appels, pas de réponse. J'ai envoyé un deuxième recommandé en juillet. Encore une fois sans réponse.

"Le RSI est un désastre économique"

Au mois d'août, rebelote. Ils me réclamaient à nouveau de l'argent alors que j'avais payé le 2 et qu'ils avaient encaissé le chèque le 4. A parti de là, j'ai un peu pété un câble. Je suis allé tagué 'RSI mafia', 'RSI racket' sur leurs portes. Comme par hasard, quatre jours après, j'ai reçu un courrier me disant qu'en réalité ils constataient bien que mon dossier était à jour. C'est quand même aberrant.

Du côté de la caisse RSI, vu que je commence à les connaître, ils m'expliquent que suite aux dysfonctionnements de 2006 à 2008, le gouvernement avait forcé la fusion avec l'URSSAF. Les hommes politiques se sont précipités pour calmer les artisans et les commerçants et ont donc fait cette fusion, ce mariage de force. Or, ils ont des logiciels qui ne sont pas compatibles. La conséquence de tout ça, ce sont les problèmes que l'on connaît aujourd'hui. Le RSI est un désastre économique. C'est vraiment grave".

La réponse du RSI Franche-Comté:

Le Régime social des indépendants (RSI) Franche-Comté a été occupé ce lundi 19 décembre 2016 de 10h à 12h00 par 6 personnes. Cette occupation a conduit à la fermeture de l’accueil du public pour des raisons de sécurité.

Dans un souci de continuité du service, Patrick Harter, directeur du RSI Franche-Comté a sollicité une rencontre tripartite avec les occupants et la direction générale du RSI. Cette rencontre est prévue au RSI Franche-Comté le 4 janvier 2017. Jean-Philippe Naudon, directeur de mission, représente le directeur général du RSI.

Le RSI dénonce cette occupation dont la mise en scène s’inspire de l’événement tragique qui s’est déroulé le 5 décembre dernier à l’accueil du RSI Franche-Comté concernant un assuré dépendant du RSI Antilles Guyane. Le RSI regrette que ces personnes aient fait le choix de la violence au détriment des possibilités de contact offertes par la Sécurité sociale des travailleurs indépendants.

Propos recueillis par Maxime Ricard