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Il ferme son restaurant à cause du RSI: "Je ne peux plus en parler, j’en suis malade"

Manifestation de travailleurs indépendants, le 9 mars dernier, pour dénoncer les dysfonctionnements du RSI. (Photo d'illustration)

Manifestation de travailleurs indépendants, le 9 mars dernier, pour dénoncer les dysfonctionnements du RSI. (Photo d'illustration) - AFP

TEMOIGNAGES - Ce lundi, 80.000 indépendants viennent protester à Paris contre les dysfonctionnements du régime social indépendant, qui assure plus de 6 millions d'indépendants et leurs ayants droit, à l'appel de "Sauvons nos entreprises".

Les petits patrons sont au bord de la crise de nerfs. Les artisans, commerçants et patrons de PME manifestent ce lundi à Paris pour dénoncer les dysfonctionnements du régime social des indépendants (RSI), qui assure plus de 6 millions d'indépendants et leurs ayants droit, à l'appel de "Sauvons nos entreprises".

L’association attend jusqu'à 80.000 manifestants très remontés venus de toute la France. Lors de la précédente mobilisation, 7 000 s'étaient déplacés. Les affiliés dénoncent des charges trop élevées pour une couverture sociale insuffisante. Ils réclament un moratoire et une baisse du taux de cotisation.

"Ils m'ont bloqué mes comptes"

Parmi ces indépendants en colère, RMC a rencontré John, chef d'entreprise dans le BTP. Sur son bureau, un chéquier. Comme chaque mois, il doit payer sa cotisation au RSI.

"Je dois payer 2.860 euros tous les mois", indique-t-il à RMC. "Chaque fois que je leur pose la question: 'je cotise pour quoi?', ils ne répondent pas. Par contre, tous les mois, il faut les payer. On n’est pas des vaches à lait!"

Près de 3000 euros pour des prestations insuffisantes, selon lui. Pour ce patron de TPE, le RSI a tous les défauts: un suivi des dossiers déficient et des erreurs informatiques courantes.

"C’est une catastrophe", déplore-t-il. "Il faut les appeler, c’est toujours la messagerie. 'Attendez, on va vous passer une autre personne', et on vous repasse une autre personne qui n’a pas géré votre dossier! La dernière fois, ils m’ont bloqué mes comptes! Je leur ai démontré par A+B qu’ils avaient tort! Est-ce que vous croyez que c’est normal?"

"S'ils font une erreur, c'est à vous de vous débrouiller"

Raphaël Mazzi, 42 ans, a décidé de fermer son restaurant à l'été 2014, échaudé par les rouages absurdes du RSI.

"On passe plus de temps à gérer le RSI qu’à gérer notre société", s’indigne-t-il au micro de RMC. "Et ça, ce n’est pas normal! Le restaurant, en 2013-2014, douze mois d’exercice, 14 déplacements dans les bureaux de Bordeaux. C’est incroyable! Déjà, quand on appelle, ce sont des plateformes téléphoniques. Quand vous les avez au téléphone, ils vous disent: 'Ok, on a bien compris, on prend acte'. Mais il n’y a pas de suivi! C’est-à-dire qu’ils savent venir se servir dans votre commerce, mais s’ils font une erreur, c’est à vous de vous débrouiller. Donc depuis, comme on n’a le droit à rien, je suis retourné habiter chez mes parents. Je ne ferai plus rien parce que je ne peux plus en parler de ce truc, j’en suis malade".

"Le gouvernement n'écoute pas les petites entreprises"

Un rapport parlementaire est remis ce lundi au gouvernement pour moderniser le régime. Mais Laurent Brasseur, de l'association "Sauvons nos entreprises", n'en espère rien.

"On n’en attend rien du tout, dans la mesure où, par habitude, le gouvernement et le RSI n’écoutent pas réellement les petites entreprises", regrette-t-il. "Nous sommes de ceux qui souhaitent conserver le RSI, mais pas dans ces conditions-là".

L'association réclame une refonte complète du régime et une baisse des taux de cotisation.

C. P. avec Victor Joanin