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"On sait qu'il y aura des frictions": avec la réforme de l'assurance-chômage, les conseillers Pôle Emploi craignent pour leur sécurité

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La nouvelle réforme de l'assurance chômage fait craindre le pire aux employés de Pôle Emploi. Ils s'inquiètent d'une nouvelle hausse des violences à leur égard, alors que celles-ci sont déjà en augmentation.

Alors que le décret durcissant le calcul de l'allocation chômage entre en vigueur ce vendredi 1er octobre, les salariés de Pôle emploi craignent une dégradation de leurs conditions de travail et une hausse des agressions. Car selon les syndicats, le nouveau mode de calcul du salaire journalier de référence, la base de l'allocation chômage, va pénaliser les demandeurs d'emplois alternant chômage et période d'activité régulièrement.

Par crainte de violences, les agences Pôle emploi s'équipent déjà: en Île-de-France, des bracelets d'alerte et des boîtiers permettant de signaler une agression ou une incivilité ont été commandés. "Quand on voit la dureté de la réforme, les conséquences financières pour beaucoup de demandeurs d'emplois, on sait qu’il y aura des frictions et qu’ils vont venir se plaindre auprès des agents de Pôle Emploi", s'inquiète ce vendredi sur RMC Michel Beuvart, du SNU, le deuxième syndicat au sein de Pôle Emploi.

"On a des chiffres au niveau des agressions : depuis 2019, on a recensé + 15% d'agressions verbales et +37% d'incivilités. On a aussi recensé + 166% de menaces de suicide de demandeurs d'emploi en Île-de-France entre 2019 et 2021. En 2021 donc, c'est 178 menaces de suicide exprimées", explique Michel Beuvart.

Selon un document de la direction de Pôle Emploi que RMC s'est procuré, les agents d'Île-de-France ont bien remonté 178 menaces de suicide exprimées par un demandeur d'emploi, au téléphone ou en rendez-vous, durant le premier semestre de l'année. Soit une augmentation de + 166 % en deux ans, alors qu'on a recensé 67 menaces de ce type en 2019 et 75 en 2020. Contactée, la direction de Pôle Emploi n'a pas réagi à ces chiffres.

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"Cette réforme va pénaliser les plus précaires"

Et les violences sont parfois encore plus dramatiques. A Valence (Drôme) en janvier dernier, un homme avait fait irruption dans une agence et avait abattu une employée âgée de 53 ans, avant de s’en prendre à la directrice des ressources humaines d’une entreprise de la ville, la tuant également.

Pour tenter de parer à toute violence, les conseillers Pôle Emploi sont formés à la désescalade et la gestion du stress mais "tout le monde n'a pas pu être encore formé", s'inquiète Michel Beuvart. "Notre crainte, c'est que ces nouvelles conditions beaucoup plus dures favorisent les passages à l'acte, aussi bien en terme d'agressions qu'en terme de suicides".

"La colère va empirer c'est une certitude", renchérit Francine Royon, Royon, déléguée CGT Pôle emploi Île-de-France. "On va baisser les allocations de certains chômeurs de 40% voir parfois les supprimer. La misère amène la colère et la seule réponse du gouvernement c'est un renfort de la sécurité. Il faut s'attaquer au problème de fond", appelle-t-elle.

Michel Beuvart déplore également que cette réforme pénalise les plus précaires: "On ne comprend pas cette réforme du gouvernement, car elle va pénaliser les plus précaires, qui ne travaillent qu'avec des contrats courts, contrats courts qui ont explosé en 10 ans. Ils représentent 85% des contrats et des offres d'emploi actuelles", prévient le syndicaliste. Et pour tenter de calmer les esprits, le syndicaliste réclame plus d'effectifs.

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Guillaume Dussourt