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"Expliquez-nous": le tourisme de masse, une industrie en danger ?

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C’est un géant du tourisme mondial qui a annoncé hier matin être en faillite. Le tour opérateur britannique Thomas cook laisse sur le carreau environ 600.000 voyageurs qu’il va falloir rapatrier. Pourtant,  cette faillite était prévisible, expliquez nous pourquoi…

Et bien je vous explique que l’effondrement de Thomas Cook était prévisible, parce que le tourisme est un monde de requin ? C’est l’activité la plus mondialisés, la plus concurrentielle. Le tourisme explose. plus 6% l’an dernier, plus 7% l’année d’avant. Un milliard 400 millions de voyageurs. Deux fois plus qu’en l’an 2.000… 

Mais des clients qui veulent toujours dépenser moins, des comparateurs de prix sur internet qui permette de toujours trouver le vol le moins cher en quelque clics. Tout le monde sait faire... Un italien peut venir à Paris pour 22 euros. Un américain trouve des vols pour Europe à 250 euro. 

Cet été pour rentrer d’Ibiza vers Paris, il y avait une dizaine de vols par jour à moins de 35 euros. Le taxi pour aller d’Orly à Paris coûte le même prix que pour les deux heures de vols… 

Résultat, tout ceux qui ont la chance de voyager l’été le savent. Les vols sont archi pleins, souvent en retard, les bagages se perdent, les équipages sont sur les genoux, mais voyager est de moins en moins cher. 

Et résultat logique aussi, la faillite coup sur coup de deux compagnies françaises. Aigle Azur et XL Airways. Norwegian, très grande compagnie low cost, accumule les pertes et pourrait bientôt mettre la clé sous la porte. Alitalia n’est pas en forme non plus…

Mais c’est la faillite de Thomas Cook qui est la plus spectaculaire. 

Oui parce que c’est l'ancêtre des agences de voyage et l’un des plus gros tours opérateurs du monde avec l’allemand TUI. 22.000 salariés, une centaine d’avions, 200 hôtels mais aussi une dette d’environ 2 milliards d’euros. Ni le gouvernement anglais, ni l'actionnaire chinois n’ont voulu tenter de sauver Thomas Cook, c'était trop cher. 

On a donc ce matin 600.000 personnes de par le monde qui ne savent pas comment ils vont rentrer chez eux. Le secrétaire d’état britannique au transport s’est voulu rassurant en disant. “Tout le monde finira pas rentrer à la maison”. Encore heureux !

Mais en attendant il va falloir rapatrier 150.000 anglais dont 50.000 rien qu’en Grèce… 140.000 allemands, 10.000 français… Énorme opération, plus les centaines de milliers de personnes qui devaient voyager dans les semaines ou les mois qui viennent et qui ne savent pas si elles seront indemnisés…

Pour Thomas Cook vénérable et honorable compagnie tout se termine dans les pleurs et grincement de dents…

Mais au fait, qui était ce fameux Thomas Cook ? 

Un petit prolo anglais, né en 1808 dans le nord de l’Angleterre. Orphelin de père, il commence à travailler à dix ans. à 14 il est ébéniste, à 33 il organise son premier voyage un peu par hasard . Un groupe de 500 personnes, membres d’une association chrétienne anti alcoolique souhaite se rendre dans la ville voisine. Thomas cook organise tout. Il achète les billets de train en gros et réserve les hôtels. Une vocation est née.

Ensuite il va tout inventer. Les premiers voyages en Europe pour les classes moyenne anglaise. Les croisières sur le Nil. Les chèques-voyage qu’il lance en 1874. En fait il a vraiment inventé le tourisme de masse...

Une forme de tourisme qui commence à être contestée…

Oui 150 après les chèque-voyage de Thomas Cook, on parle désormais de sur-tourisme, comme à Bangkok la ville la plus visitée du monde devant Londres et Paris. Mais le sur-tourisme sévit surtout en Europe. Barcelone est la première ville où l’on a vue des graffitis demander aux touristes de rentrer chez eux. On dit “tourists go home” en espagnol.

Venise crée au premier janvier prochain un prix d’entrée de 2 euro 50 à 10 euros par personne selon les saisons. Amsterdam vient d’interdire l'accès du centre ville aux autocars, d’interdire l’ouverture de boutiques de souvenirs et de limiter à 30 jours la possibilité de louer son appartement sur Air BnB. 

À Dubrovnik en Croatie, il y avait cet été des policiers pour régler la circulation des piétons. En France, si vous n'êtes pas allé au Mont Saint-Michel depuis longtemps, et bien vous avez bien fait. Dans toutes ces villes, certains ne disent pas merci à Thomas Cook.

Mais le tourisme mondial c’est aussi 10% du PIB mondiale, et 10% des emplois du monde entier.

Nicolas Poincaré