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Guets-apens contre des chauffeurs Uber: "J'ai été humilié, on m'a traité de tous les noms"

TEMOIGNAGES - Le conflit entre les chauffeurs de taxi et ceux d'Uber s'enlise. Ces derniers jours, aux quatre coins du territoire, les taxis organisent de plus en plus de guets-apens en faisant venir des chauffeurs Uber pour les dénoncer à la police.

La guerre entre les taxis et Uber ne fait que commencer. Les organisations de chauffeurs, réunis en intersyndicale, appellent à un mouvement de grève le 25 juin prochain, mouvement qu’ils annoncent illimité. Ils demandent au gouvernement de faire cesser immédiatement les applications mobiles organisant le transport entre particuliers, de type UberPOP.

"On se fait menacer, brutaliser"

De plus, l’intersyndicale des taxis dit soutenir les actions locales ciblées, de plus en plus fréquentent, notamment à Marseille, où les chauffeurs de taxi organisent de véritables guets-apens (filmés et postés sur Internet pour la plupart) en faisant venir des chauffeurs Uber pour les dénoncer à la police. Sur l'une de ces vidéos, tournée lundi soir, on peut voit un chauffeur UberPop dans sa voiture entouré d’une trentaine de chauffeurs de taxi qui le bloquent en attendant l’arrivée de la police. A l’image, il n’est pas brutalisé, mais l’ambiance est très tendue… 

Ce type de guet-apens, Franck, chauffeur Uber à Marseille, affirme en avoir subi déjà deux en deux semaines. Aujourd’hui, il dénonce un climat de violence inacceptable: "On se fait menacer, brutaliser. Moi, j'ai été humilié. On m'a traité de tous les noms, on a dit que j'étais un voleur, que j'étais ci, que j'étais ça…" Il ajoute, dépité: "La plaque d'immatriculation de ma voiture tourne sur les réseaux sociaux. Dès que je circule et que je croise un taxi, il m'insulte. Je ne comprends pas".

"Je ne sais pas jusqu'où ça peut aller…"

De son côté, Mickael est chauffeur UberPOP à Bordeaux. Récemment, il a évité un guet-apens organisé par des taxis: "Un chauffeur de taxi s'est servi de l'application pour passer une commande. Ce jour-là, heureusement que j'avais une voiture de location car en arrivant au lieu du rendez-vous une dizaine de taxis m'attendaient. J'aurais eu ma voiture, j'aurais été mal".

C'est pourquoi "aujourd'hui je me dis qu'en prenant une voiture de location, en la changeant chaque semaine, il n'y a pas de soucis. Ça me coûte plus cher mais bon…", poursuit-il. Et de se montrer inquiet pour le futur: "Là je suis tombé sur un guet-apens mais je ne sais pas jusqu'où ça peut aller…" Franck, pour sa part, comprend quelque peu la colère des chauffeurs de taxi. Mais il juge que la méthode employée pour faire part de leur mécontentement n'est pas la bonne.

"J'ai la peur au ventre"

"S'il y a un problème, allez voir Uber et attaquez Uber. Mais ne vous en prenez pas à nous. Nous, nous sommes des pères de famille. On ne fait rien de mal, lance-t-il aux taxis. Le mécontentement, certes, mais la justice soi-même, non". Au total, depuis deux semaines, une dizaine de chauffeurs Uber auraient été victimes de ces guets-apens à Marseille.

Autant d'incidents qui font réfléchir Franck: "J'ai la peur au ventre. A chaque fois, je me pose la question de savoir si je vais travailler ou non. Mais à chaque fois je me dis: 'Vas-y et il arrivera ce qu'il arrivera'".

Maxime Ricard avec Lionel Dian