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Cocktails molotov, obstacles anti-chars... Comment usines et entreprises ukrainiennes participent à la résistance

RMC EN UKRAINE - Obstacles antichars, cocktails Molotov, barricades: au cinquième jour de guerre, la résistance Ukrainienne continue de s'organiser. En toile de fond, c’est l’intégralité du tissu économique d’un pays qui se re-module, au nom de l’effort de guerre.

Dans la zone industrielle de Lviv, les fourneaux de l’usine de cuivre de Yuriy Doskich tournent à plein régime. Bras croisés et casque de chantier vissé sur le front, ce patron d’une entreprise de métallurgie n’a pas hésité une seconde en apprenant l'invasion russe. "Pour la première fois de notre histoire, nous avons modifié la production et l’organisation de notre entreprise" assure-t-il.

Derrière lui, des flammes de plusieurs mètres, générées par la combustion de grandes croix en métal, qui serviront d’obstacles antichars devant les points de contrôle dans tout le pays.

"C’est notre devoir d’aider notre armée (…). Nous devons tous faire notre maximum pour repousser notre ennemi", dit ce chef d’entreprise déterminé à en découdre dans l’attente des chars russes.

"Utiliser nos bouteilles pour défendre nos maisons, notre famille, nos parents, c’était une évidence pour nous"

Comme Yuriy Doskich, le patron de bistrot Taras Maselko a lui aussi mis sa main à la pâte. A ses pieds, des dizaines de cagettes remplies de bouteilles de bière. Mais elles ont été vidées du liquide originel. A la place, c’est un épais liquide sombre et visqueux qui remonte jusqu’au bouchon.

"Ces cocktails Molotov fonctionnent très bien, même face à un tank" vante Taras Maselko, qui précise qu'il "suffit de viser la partie de l’engin qui refroidit le moteur pour qu’il n’avance plus" avant de conclure, avec un sourire, que "le tank n’étant plus contrôlable, ses occupants sont obligés de sortir."

Tout comme pour Yuriy Doskich, participer au conflit relevait du devoir pour Taras Maselko : "Utiliser nos bouteilles pour défendre nos maisons, notre famille, nos parents, c’était une évidence pour nous." assène-t-il.

"Personne ne veut rester sans rien faire"

Derrière les combattants sur les lignes de front - enlisées pour l’instant sur tout le pourtour Nord-Est et Sud du pays – tout l’intérieur de l’Ukraine est mobilisé. Pour l’instant épargnée par les bombardements, à l’extrême-Ouest du pays (468 kilomètres de Kiev très précisément) c’est toute la ville de Lviv qui s’enrégimente… à sa façon. Certains restaurants sont désormais mobilisés depuis plusieurs jours pour nourrir gratuitement les réfugiés.

Le chargé du service économique de la municipalité, Stepan Kubida, abonde: "Toutes les entreprises, toutes les usines, tous les commerces n’ont cessé de nous téléphoner pour nous demander ce qu’ils pouvaient faire."

L’employé de mairie explique avoir pris contact avec l’état-major Ukrainien, listé ses demandes d’approvisionnement, pour ensuite les répartir aux entreprises sur la base de leurs compétences. Un élan de solidarité qui selon Stepan Kubida, est commun à toute l’Ukraine : "Personne ne veut rester sans rien faire."

Caroline Philippe et Nicolas Ropert (édité par T.K.)