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Crise des migrants: la création de "centres fermés" suffira-t-elle?

L'UE est finalement parvenue à un accord tard dans la nuit sur la question migratoire. Un des points d’accord arraché cette nuit concerne la création de centres fermés qui pourront s'ouvrir sur le sol européen, mais sur la base du volontariat.

La création de centres fermés au sein de l’Union européenne suffira-t-elle à résoudre les tensions autour de la question migratoire ? Le conseil européen s’est prolongé jusqu’au petit matin ce vendredi avant d’arriver à un accord aux alentours de 4 heures du matin. L’Italie bloquait le processus, son leader, Giuseppe Conte ne voulait rien signer tant que la question migratoire n’était pas réglée.

Et c’est chose faite. "L’Italie n’est plus seule après ce sommet. Nous sommes satisfaits", a déclaré le président du conseil italien. Giuseppe Conte s’en était donné la mission. Plus question de subir seule la pression migratoire européenne.

Emmanuel Macron souligne ce matin la victoire de "la coopération européenne"

Ce qui se jouait, c’était le "destin de l’UE" avait alerté la chancelière Angela Merkel, elle aussi sous pression dans son propre pays. Le principal point d’accord arraché cette nuit, c’est donc la création de centres fermés sur le sol européen. Idée ardemment défendue par Emmanuel Macron qui souligne ce matin la victoire de "la coopération européenne".

Concrètement, il s’agira de centres où les migrants sont accueillis, où l’examen de leur demande d’asile peut s’effectuer rapidement. Ca existe déjà en Libye, le but est d'importer ces centres au sein de l'UE.

L’ouverture de ces centres pourra se faire dans tous les pays européens, mais sur la base du volontariat

Emmanuel Macron en a beaucoup discuté avec Giuseppe Conte, qui a posé une condition sine qua non. Que ces centres soient présents dans plusieurs pays européens et pas uniquement dans les pays frontaliers. Solution actée cette nuit. L’ouverture de ces centres pourra se faire dans tous les pays européens, mais sur la base du volontariat. Et rien ne dit qu’il y aura des volontaires. L’Italie se laisse d’ailleurs le temps la réflexion.

Il a également fallu convaincre d'autres pays réputés "anti-migrants" comme la Pologne, la République Tchèque, la Slovaquie et la Hongrie. Ils ont obtenu, eux, que l'UE étudie la possibilité de créer des plateformes de débarquement dans les pays tiers, comme en Libye

"S'il n'y a pas de coopération, cette crise va continuer"

C’est donc une solution a minima, mais elle reste la moins mauvaise au vu de la situation selon le spécialiste des flux migratoires François Gemenne:

"Il faudra qu'ils soient dans plusieurs pays européens, et à mon avis pas seulement dans les pays de débarquement de la rive de la Méditerranée sinon ces pays vont se retrouver à de nouveau héberger des camps de réfugiés. L'effort doit être partagé car cette crise est avant tout une crise de coopération, une crise de solidarité entre les états membres. Elle naît du sentiment de l'Italie d'avoir été abandonné. S'il n'y a pas de coopération cette crise va continuer et met en danger le projet européen lui-même."

Un projet européen toujours soutenu et souhaité par 7 Français sur 10 selon un sondage Elabe pour BFMTV publié le mois dernier. Sondage qui montre en revanche que 72% des sondés se disent insatisfaits du fonctionnement actuel de l’Union.

Matthieu Rouault (avec J.A.)