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Des "hot spots" en Grèce? "On n'a pas d'argent pour ça"

Depuis le début de l'année, près de 300.000 migrants sont arrivés en Grèce

Depuis le début de l'année, près de 300.000 migrants sont arrivés en Grèce - LOUISA GOULIAMAKI / AFP

REPORTAGE - L'Union européenne a adopté mardi, au forceps, une répartition de 120.000 réfugiés, mais au prix d'une fracture avec plusieurs pays de l'Est hostiles à ce mécanisme de solidarité entre Européens. Au cœur des discussions et des négociations, entre autres: la mise en place de "hot spots" aux frontières de l'UE, et notamment en Grèce.

Les ministres de l'Intérieur de l'Union européenne se sont accordés mardi après-midi à Bruxelles sur la répartition de 120.000 réfugiés à "une large majorité", pour éviter un nouvel échec face à une crise migratoire "sans précédent". Un accord trouvé à l'arraché car sans quatre pays de l'Est qui ont dit non: la République tchèque, la Hongrie, la Roumanie, la Slovaquie. Au cœur des discussions et des négociations : la mise en place de "hot spots" aux frontières de l’Union européenne. A savoir des centres qui permettraient l’enregistrement et la sélection rapide des demandeurs d’asile.

Aucun contrôle à la sortie des bateaux

Concrètement, certains de ces "hots spots" devraient installés en Grèce, au port du Pirée. Cela permettrait aux Grecs par exemple de mieux remplir leurs obligations de contrôle, d’identification, d’enregistrement des témoignages et de prise d’empreintes des arrivants. Mais, comme a pu le constater RMC, à Athènes, la mise en place d'un tel dispositif est loin d'être simple.

En effet, pour l'heure, lorsque les migrants débarquent des bateaux, il n'y a aucun contrôle, seulement deux policiers qui observent de loin les réfugiés. Si tous prennent un bus pour se rendre à l’entrée du port, ensuite, ils sont libres d’aller où ils veulent. Beaucoup se retrouvent place Victoria, dans le centre la capitale. Ils sont 700, peut-être plus, à camper là pendant quelques jours avant de reprendre la route pour, en grande majorité, se rendre en Allemagne.

"Les politiques s'en fichent"

Et, là encore, pas de policier, pas d’association. Il faut compter sur la solidarité de quelques rares personnes comme Léna, retraitée. "J’ai un petit appartement juste en face que je n’occupe pas. Je voudrais bien le prêter mais ils sont si nombreux. J’ai peur d’être débordée", confie-t-elle. Tassos, lui, habite le quartier et n’en peux plus de cette situation: "Je ne suis pas raciste mais chaque jour il y a de nouveaux migrants. Ils dorment là et je dois les enjamber pour rentrer chez moi. Les politiques s’en fichent. Normal, ça ne se passe pas dans leur quartier!"

Alors que depuis le mois de janvier, 300.000 réfugiés sont arrivés en Grèce, Costa, avocat spécialiste des droits de l’homme, estime que les autorités sont dépassées et que la création d'un "hot spot" ne changera rien: "La situation est hors de contrôle. Les associations sont réquisitionnées sur les îles ou arrivent les réfugiés. Ici à Athènes, personne ne peut prendre le relais. On n’a pas d’argent pour ça. La Grèce est quasiment en faillite!"

Maxime Ricard avec Stéphanie Collié