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Emmanuel Macron en Ukraine: pourquoi le président français n'est pas très populaire dans le pays

Le chef de l'Etat, Emmanuel Macron, est arrivé ce jeudi en Ukraine. Il est accompagné du chancelier allemand, Olaf Scholz, et du Premier ministre italien, Mario Draghi. Une visite qui était attendue alors qu'il est l'un des derniers dirigeants d'une grande puissance à se rendre dans le pays depuis le début du conflit.

Emmanuel Macron est arrivé à Kiev, la capitale ukrainienne, ce jeudi matin. C’est une visite qui vient tard, mais qui est très spectaculaire. D'abord parce qu'Emmanuel Macron vient avec Olaf Scholz, le chancelier allemand, et Mario Draghi, le Premier ministre italien. Ce sont donc les chefs de l'exécutif des trois plus grandes puissances économiques de l'Union européenne, l'Allemagne, la France et l’Italie, qui ont choisi de faire ce voyage ensemble. Emmanuel Macron étant aussi pour quelques jours encore le président du conseil de l'Union européenne, c’est bien l’Europe que Volodymyr Zelensky recevra tout à l’heure.

Emmanuel Macron avait plusieurs fois répété qu’il se rendrait en Ukraine si et seulement si ces visites pouvaient être utiles. Il considère donc aujourd’hui que ce voyage a du sens. Mercredi, depuis la Roumanie, alors qu’il ne pouvait pas annoncer ce déplacement pour des raisons de sécurité, le président français en avait tout de même donné le programme. Les discussions avec l'Ukraine vont porter sur la question des exportations du blé ukrainien, la question des équipements militaires alors que l’Ukraine demande des armements lourds, l’aide financière de l'Europe, et enfin le signal politique que l’on envoie aux Ukrainiens.

Emmanuel Macron arrive dans un pays où il n’est pas très populaire. Les Ukrainiens lui reprochent depuis le début de la guerre les dizaines d’heures qu’il a passées au téléphone avec Vladimir Poutine. Ils lui reprochent surtout d’avoir par deux fois estimé qu’il ne fallait pas “humilier la Russie”. Le chef de la diplomatie ukrainienne a répondu que c’était une position qui “humiliait la France”.

Un des derniers chefs d'Etat à se rendre dans le pays

Les Ukrainiens et leurs alliés de l’est de l’Europe soupçonnent Emmanuel Macron d'être favorable à un cessez-le-feu, en échange de concessions territoriales de la part de l’Ukraine au profit de la Russie. À Kiev, un mot a même été inventé. Le verbe "macroniser" pour dire tergiverser ou bien “avancer puis reculer”.

Du coup, avant de partir, Emmanuel Macron a clarifié sa position. Vendredi, l'Élysée a fait savoir que non, la France n’est pas favorable à des concessions territoriales. “Aucune conquête territoriale ne peut être acceptée, à aucune condition”, a-t-on appuyé. Autre précision utile, “la France souhaite la victoire de l’Ukraine”.

Et mercredi depuis la Roumanie, le président français a aussi précisé la stratégie française. Faire cesser la guerre en rendant son coût insoutenable pour la Russie, autrement dit maintenir les sanctions économiques pour mettre la Russie à genoux financièrement. Toutes ces clarifications étaient nécessaires avant de rencontrer le président Volodymyr Zelensky.

Pour Emmanuel Macron, il devenait difficile de retarder ce voyage. En effet, il était un des derniers leaders occidentaux à ne pas s'être rendu à Kiev, avec Olaf Scholz et Mario Draghi, ceux qui justement sont justement avec lui ce jeudi.

Mais les Ukrainiens retiendront que c’est la présidente de la Commission européenne Ursula Von der Leyen qui est venue la première et qui s’est aussitôt rendue à Butcha, la ville martyre. Ils se souviendront de Boris Johnson qui a marché dans les rues de Kiev alors que les habitants de la capitale eux-mêmes sortaient très peu. Ils se souviendront que Joe Biden, le président américain, n’est pas venu, mais qu’il a envoyé sa femme, ses ministres de la Défense et des Affaires étrangères ainsi que la présidente de la chambre des représentants.

Kiev a aussi reçu la visite du Premier ministre canadien Justin Trudeau, et des Premiers ministres polonais, tchèque, slovène, autrichien, espagnol, danois, finlandais. Et enfin celle du secrétaire général de l’ONU.

En fait, les trois qui n'étaient pas venus jusqu'à présent dans ce pays en guerre sont les trois qui arrivent ce jeudi matin. Le Français, l’Allemand et l’Italien.

Nicolas Poincaré