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Freedom Day: le pari risqué de l'Angleterre

EXPLIQUEZ-NOUS - L'Angleterre supprime quasiment toutes les restrictions liées à la pandémie de coronavirus ce lundi, une décision qui inquiète la communauté scientifique et des responsables politiques.

Ce lundi, c’est le Freedom day en Angleterre, le jour de la liberté mais l’ambiance n’est pas vraiment à la fête de l’autre côté de la Manche. 

Et pourtant ce jour marque un quasi retour à une vie normale en Angleterre: plus de masque obligatoire à l’intérieur, plus de distanciation sociale, plus de télétravail, des salles de spectacle et les stades pleins, sans jauge, et des discothèques qui rouvrent. Une véritable libération mais dans la douleur, car le pays compte 54.000 nouveaux cas rien que pour la journée de samedi. C’est le pays qui compte le plus de cas en Europe.

Alors pourquoi déconfiner? Parce que Boris Johnson y croit et parce qu’il l’a promis. Il a déjà repoussé une fois ce Freedom Day. A l’origine, ça devait être le 21 juin. A l’époque, il y avait 10.000 cas par jour. Aujourd’hui, il y en 5 fois plus, mais plus possible de reculer. Une promesse est une promesse. Et puis pour lui, c’est le bon moment: c’est l’été, les vacances scolaires commencent. Et les contaminations courent surtout chez les jeunes et les enfants. 

Et puis c’est le bon moment parce que plus de deux Anglais sur trois sont complètement vaccinés et le vaccin a permis de diviser par 4 voire 5 le nombre d’hospitalisations.

Un Freedom Day qui inquiète les scientifiques

C’est vrai qu’il n’y a qu’une cinquantaine de décès quotidiens. Mais quand même 600 nouvelles hospitalisations par jour en fin de semaine dernière. L’hôpital de Birmingham par exemple a déjà dû déprogrammer des opérations. Mais il ne faut pas s’étonner, Bojo est un libéral et pour lui, il est temps que la responsabilité individuelle prime. 

Ce Freedom Day inquiète les scientifiques du monde entier qui ont publié une tribune dans la revue médicale The Lancet pour demander à Londres de repousser d’urgence son déconfinement. Ces 1200 scientifiques accusent Boris Johnson de faire courir un risque au monde entier.

D’abord, ils estiment qu’avant la fin de l’année, il y aura 10 millions de nouveaux cas en Grande-Bretagne avec plusieurs risques et des Covid long qui vont se multiplier. Selon l’Inserm, 10% des personnes infectées souffrent de Covid long.

Mais surtout, et c’est là que ça intéresse le monde entier, les scientifiques pensent que plus le virus circule parmi les vaccinés, plus il risque de développer un variant résistant aux vaccins. 

Et pour couronner le tout, le premier ministre Boris Johnson est cas contact car son ministre de la santé est positif. Le Premier ministre doit donc s'isoler et c'est caractéristique de ce qui se passe en Angleterre: avec 50.000 nouveaux cas par jour, ça fait des centaines de milliers de cas contacts et donc, beaucoup d’Anglais qui doivent s’isoler 10 jours. Ce qui complique la reprise économique du pays.

Par exemple, faute de personnel, samedi, deux lignes du métro de Londres ont dû fermer. 10% des salariés de Nissan sont en quarantaine à Sunderland dans le nord-est de l'Angleterre, le ramassage des poubelles est perturbé dans certains villes du pays parce que trop de travailleurs sont à l’isolement. Et le célèbre magasin Marks & Spencer, a dû réduire ses plages horaires.

Les milieux économiques veulent donc assouplir les règles d’isolement. Par exemple, ils voudraient que les vaccinés soient exemptés de quarantaine. Mais il n’en est pas question pour le moment.

Dimanche, Boris Johnson a publié une vidéo sur les réseaux sociaux pour appeler les Anglais à rester prudents malgré leur liberté retrouvée, mais pour le moment, ça ne fonctionne pas du tout. Déjà ce week-end, on pouvait noter un gros relâchement dans les rues de Londres: une personne sur deux ne portait pas de masque dans le métro. Les tensions montent dans les magasins qui exigent le port du masque alors que ça n’est plus obligatoire. Et puis la vaccination ralentit chez les adultes et les adolescents sont peu vaccinés.

Bref, ce jour de la liberté n’a pas du tout un goût de victoire, mais plutôt le goût d’un pari qui pourrait se payer très cher.

Bérangère Bocquillon