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Guerre en Ukraine: pourquoi la centrale nucléaire de Zaporijia est au cœur des enjeux

En Ukraine, la centrale nucléaire de Zaporijia a été déconnectée du réseau électrique ce jeudi. Historien militaire, le colonel Michel Goya explique, dans "Apolline Matin" sur RMC et RMC Story ce vendredi, pourquoi elle se trouve au cœur des enjeux.

La plus grande centrale nucléaire d’Europe inquiète. Six mois après le début de la guerre en Ukraine, Zaporijia a été déconnectée du réseau électrique ce jeudi, avant un rétablissement. Des bombardements dans les environs de la centrale ont endommagé des lignes de communication reliant le site au réseau électrique, obligeant l'arrêt d'urgence des deux réacteurs. Une frayeur de plus pour les experts. Pour éviter une catastrophe nucléaire, l'Agence internationale de l'énergie atomique prévoit une visite imminente d'une équipe sur place.

"On assiste à un phénomène qui est inédit : une centrale nucléaire est un enjeu au sein d’un conflit entre deux Etats qui, au passage, ont signé un traité excluant toute utilisation militaire des centrales nucléaires. On a un risque d’accident nucléaire qui n’est pas dû à des problèmes techniques, mais à des problèmes politiques", explique le colonel Michel Goya, historien militaire, spécialiste de la guerre moderne, de l'innovation militaire et du comportement au combat, dans "Apolline Matin" ce vendredi sur RMC et RMC Story. Pourquoi les enjeux militaires se concentrent-ils en ce moment autour de cette centrale de Zaporijia ?

"Vous avez deux hypothèses, analyse Michel Goya. D’un côté, l’hypothèse selon laquelle les Ukrainiens font un chantage nucléaire en lançant des obus dans la région, de façon à obtenir par la pression internationale la démilitarisation de cette centrale qui est occupée par des forces russes. Ça, c’est le premier objectif. Le deuxième étant d’empêcher peut-être le raccordement de cette centrale, qui pour l’instant fournit de l’électricité à l’Ukraine, à la Crimée. Ce qui est un projet en cours. Deuxième hypothèse, c’est ce que sont au contraire les Russes qui font un chantage pour obtenir quelque chose en échange de la sécurisation de cette centrale, comme ils l’ont fait pour le blé ukrainien. Et ça peut être les deux hypothèses en même temps."

"Ce sont les Russes qui décident de tout"

Un "chantage" qui est "nouveau dans le domaine nucléaire et évidemment extrêmement dangereux", estime Michel Goya. Même si la menace n’est pas directe selon lui: "Les risques que ça puisse dégénérer sur un accident nucléaire sont quand même faibles. Mais si on reprend les quelque accidents nucléaires qui ont eu lieu par le passé, c’était à chaque fois une série de risques faibles qui ont abouti à une catastrophe. Il y a des travailleurs ukrainiens qui sont contrôlés par l’armée russe, puisqu’on estime qu’il y a environ 500 soldats russes sur ce site. Les travailleurs ukrainiens sont soumis à une pression. Il y a quand même un stress. Dans tous les accidents qu’on a connu, il y a toujours une part d’erreur humaine."

Avec la visite de l’AIEA sur les lieux, "on peut espérer une sécurisation", mais pas beaucoup plus. "Ce n’est pas cette visite qui va obtenir la démilitarisation de cette centrale, assure Michel Goya. En réalité, ce sont les Russes qui décident de tout, qui sont véritablement les maitres du jeu."

LP