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Jihadistes français condamnés à mort en Irak: comment se déroulent les procès?

Les Français Bilel Kabaoui, 32 ans, et Mourad Delhomme, 41 ans et présenté par le renseignement comme un "vétéran du jihad", ont été condamnés à mort ce lundi devant le tribunal antiterroriste de Bagdad.

Les deux derniers Français actuellement jugés en Irak pour "appartenance au groupe Etat islamique" (EI) ont été condamnés lundi en première instance à la peine de mort. Neuf autres Français ont déjà été condamnés à mort devant le tribunal antiterroriste de Bagdad.

A 40 ans, Mourad Delhomme est un vétéran du jihad. Au sein de l'Etat islamique, il aurait exercé la fonction de juge dans les très redoutés tribunaux islamiques, ceux qui ordonnaient les exécutions, lapidations dans les villes de Raqqa et Mossoul. A côté de lui, Bilel Kabaoui est âgé de 32 ans. Originaire d'Ile-de-France, il a rejoint la Syrie en 2014.

Des avocats nommés à la dernière minute

Pour assurer leur défense, des avocats commis d'office nommés à la dernière minute. Ils découvrent à chaque fois le dossier de leur client juste avant le procès et n'ont pas vraiment le temps de préparer une défense. De toute façon, ils ne s'expriment que rarement pendant l'audience.

En général, celles-ci durent à peine plus d'une trentaine de minutes, pas vraiment le temps pour ces accusés qui risquent leur vie de s'exprimer sur leurs crimes. Les juges de la cour spéciale se réuniront dans quelques semaines pour valider ou non ces condamnations et décider si ces peines doivent être conservées ou allégées

En tout, 12 hommes transférés ensemble fin janvier de la Syrie vers l'Irak sont jugés à Bagdad depuis dimanche dernier.

"Tâche indélébile" sur le mandat d'Emmanuel Macron

Dans une tribune publiée par Franceinfo, 44 avocats français dénoncent l'inaction de l'état français face à ces condamnations. En prenant le risque de faire condamner à mort certains de ses ressortissants, la France s'expose à un "immense déshonneur" qui pourrait laisser "une tâche indélébile" sur le mandat d'Emmanuel Macron, dénoncent-ils, parlant "de procès expéditifs dont nous savons qu'ils méconnaissent gravement les droits de la défense".

Interpellé à plusieurs reprises sur ces condamnations, le gouvernement français a expliqué respecter la volonté de l'Irak de juger les jihadistes là où ils ont commis des exactions, tout en indiquant intervenir "au plus haut niveau" pour éviter qu'ils ne soient pendus.

Paris ne conteste toutefois pas l'"équité" des procès tenus, selon des déclarations de la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, "dans de bonnes conditions, avec une défense présente". Un argument qui "ne peut convaincre personne", pour les avocats signataires de cette tribune. 

Edith Bouvier