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Le Qatar, l’autre vainqueur de la Coupe du monde

Dans "Apolline Matin" ce mardi sur RMC et RMC Story, Nicolas Poincaré fait le bilan de l’organisation de la Coupe du monde au Qatar.

Avec l’Argentine, le Qatar est l’autre vainqueur de la Coupe du monde. Le pays organisateur a toutes les raisons d'être satisfait. Ce Mondial, pour le Qatar, c'était une gigantesque opération de com qui a coûté très, très cher: 300 milliards de dollars. C’est à dire 30 fois plus que ce que la France avait dépensé en 1998…

Pour ce prix faramineux, les Qataris se sont offert des stades sublimes et qui ne serviront plus beaucoup, mais aussi un nouveau métro, des tramways, des autoroutes, des hôtels, une nouvelle île artificielle… Et surtout, le plus important, c’est qu’ils se sont offert une image. Ils ont renforcé leur influence, ce que l’on appelle en anglais, le "soft power".

Près d’un million et demi de visiteurs ont découvert ce tout petit pays. Aucun incident, pas de bagarre entre supporters. Une organisation au cordeau, des stades qui se remplissent et se vident en quelques minutes… Le président de la Fédération internationale, le Suisse Gianni Infantino, a parlé du plus beau Mondial de l’histoire. On dit ça presque à chaque fois mais cela suffit au bonheur du Qatar. Et emporté par cet élan, les Qataris devraient maintenant postuler à l’organisation des Jeux olympiques de 2036.

Pour l’émirat, l’image est quelque chose d'essentiel. On pourrait même dire que c’est vital. Ce pays qui n’existe que depuis 1971 a toujours eu une grande peur, celle de disparaître. D'être envahi et annexé par le grand voisin, l’Arabie saoudite, comme le Koweït avait failli l'être par l’Irak. Quand le Qatar s'offre des musées, ou des clubs de foot comme le PSG, quand il se paye Messi et Mbappé, ce n’est pas seulement pour flamber. C’est pour s’acheter des assurances-vie. L’idée est simple: plus on sera connu, plus il sera difficile de nous rayer de la carte. Et de ce point de vue, ce Mondial est parfaitement réussi. Pour 300 milliards de dollars, le Qatar s’est offert une notoriété inestimable.

Ce Mondial n’était pas fait pour plaire aux Européens

Pourtant, l’image que le Qatar a renvoyée n’a pas toujours été positive. En Europe, en Occident, on a parlé de l'aberration écologique d’avoir construit des stades climatisés, de la corruption et des pots de vins versés pour obtenir ce Mondial. On a parlé bien sûr aussi de l’interdiction de l’homosexualité, qui reste théoriquement passible de la peine de mort, de l’interdiction des relations sexuelles hors mariage…

On a entendu toutes ces critiques mais à vrai dire, les autorités du Qatar s’en moquent. Parce que ce Mondial n’était pas fait pour plaire aux Européens mais pour plaire au monde arabe et aux pays les plus pauvres.

Et là encore, les Qataris peuvent être contents. La réussite de l’organisation a été une fierté pour tous les pays arabes. Le parcours du Maroc a fédéré cette fierté. Et les principaux dirigeants des plus grands pays musulmans sont venus à Doha. Y compris l'ennemi, Mohammed Ben Salman, le tout puissant prince héritier saoudien qui s’est déplacé pour serrer la main de l'émir du Qatar. Une poignée de main qui n’a pas de prix.

Mais le Qatar a quand même souffert des polémiques sur le traitement des travailleurs étrangers. Et ça, c’était plus gênant… La Coupe du monde a braqué les projecteurs sur les conditions de vie épouvantables des immigrés. On a parlé de 6.500 travailleurs immigrés qui seraient morts sur les chantiers de construction des stades.

En fait, ce chiffre ne correspond pas du tout à cela. C’est d'après une enquête du Guardian, le nombre d’immigrés indiens, pakistanais, bangladais, et sri lankais morts au Qatar en dix ans. Mais il y a deux millions et demi d’immigrés au Qatar et seulement 1 ou 2% ont travaillé sur les chantiers du Mondial. Ces 6.500 morts en construisant les stades, c’est donc un chiffre invérifiable.

Ce qui est confirmé, en revanche, ce sont les conditions de travail des étrangers au Qatar, longtemps proche de l’esclavagisme, à cause de la Kafala, une législation qui fait qu’un travailleur étranger voit son passeport confisqué et “appartient” à son employeur.

Cette législation d'un autre temps a été abolie au Qatar très récemment, pour montrer que les droits de l’homme ont progressé grâce à la Coupe du monde. Un peu progressé…

Nicolas Poincaré