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L'Argentine championne du monde: du baume au coeur en pleine crise économique massive

La Coupe du monde est revenue à un pays passionné de football, l'Argentine. Mais qui traverse actuellement une grave crise économique.

L'Argentine a chaviré de bonheur dimanche et la fête ne va certainement pas s'estomper d'ici plusieurs jours. Pour deux raisons: c'est un pays fou de foot, comme peu d'autres dans le monde. Et le football en Argentine est une des seules choses qui peut faire oublier la sérieuse crise qu'ils sont en train de traverser.

Le football a été importé en Argentine par les Anglais, avec un premier match dans le pays dès 1867. Leur championnat est troisième plus ancien du monde après le championnat anglais et celui des Pays-bas.

Au début du 20e siècle, le foot est devenu le sport le plus populaire avec l'arrivée massive d’une immigration italienne. Presque la moitié des argentins d’aujourd’hui ont des ascendances italiennes, y compris Messi. Et ces immigrés ont amené avec eux leur passion pour le foot. 9 Argentins sur 10 sont supporters d’un club, et les femmes presque autant que les hommes.

Un premier titre au goût amer en 1978

L'Argentine a rejoint dimanche le petit club des pays au moins trois fois champion du monde avec le Brésil, l'Allemagne et l’Italie.

La première Coupe du monde pour l'Argentine a un goût amer. Elle a eu lieu chez eux en 1978, au pire moment de la dictature militaire. Le général Videla, qui a remis la coupe, avait les mains pleines de sang. Sa junte militaire a fusillé environ 15.000 opposants et fait disparaître au moins 30.000 personnes.

La question du boycott s'était posée, principalement en Europe. En France, un petit groupe de militants avait même enlevé brièvement le sélectionneur, Michel Hidalgo, au moment où il partait pour l'aéroport. Il avait réussi à s'enfuir et à se réfugier dans une gendarmerie. Finalement, aucun pays n’avait boycotté ce Mondial en pleine dictature.

Le deuxième titre argentin dans toutes les mémoires

La deuxième étoile, c'était au Mexique en 1986. On s’en souvient en raison du quart de finale entre l'Argentine et l'Angleterre. Diego Maradona marque d’abord un but de la main que l’arbitre valide. Et puis quelques minutes plus tard, il marque ce qui est sans doute le plus beau but de l’histoire de la Coupe du monde, en dribblant six défenseurs et en transperçant la défense avant de marquer.

C'était le deuxième titre. Quant au troisième, ce dimanche, il restera aussi dans les mémoires.

Inflation entre 88% et 100%

De quoi mettre du baume au cœur, dans un pays qui économiquement va mal. Très mal, même. Le taux de pauvreté dépasse les 40%, le revenu moyen ne dépasse pas les 400 dollars par mois et l’inflation atteint des sommets.

Officiellement, elle est de 88% sur un an (chiffres d'octobre), mais les économistes prévoient qu’elle atteindra 100% à la fin de l’année. La crise est traumatisante pour les Argentins parce qu’ils savent jusqu'où les choses peuvent aller.

Il y a 21 ans, l'Argentine avait été touchée par un séisme économique qui avait plongé le pays dans le chaos. En décembre 2001, elle s'était retrouvée en défaut de paiement. C'est-à-dire qu'elle ne remboursait plus ses dettes. Les banques avaient fermé. Elles avaient été attaquées par des épargnants qui tentaient de récupérer leur argent avec des barres de fer à la main. Les supermarchés étaient pillés. Face aux émeutes, le président de la République avait fui le palais en hélicoptère. Et pendant plusieurs années ensuite, les Argentins ont connu la précarité et même la faim pour nombre d’entre eux.

Voilà pourquoi la crise actuelle est traumatisante. Elle rappelle de trop mauvais souvenirs. Et voilà pourquoi, le gardien de but, Emiliano Martinez, avant la finale, avait dit qu’il allait jouer pour les 45 millions d'Argentins qui passent de si mauvais moments. Et c’est ce qu’il a fait. En arrêtant une frappe cruciale de Randal Kolo Muani en prolongation et un tir au but synonyme de défaite pour la France.

Nicolas Poincaré (édité par J.A.)