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Royaume-Uni: pourquoi les grèves se multiplient

Une grève paralyse depuis dimanche le plus grand port de fret anglais. Un mouvement qui vient s’ajouter aux autres mouvements sociaux dans les transports, à la Poste ou dans l’industrie. Les syndicats demandent des hausses de salaires pour compenser l’inflation galopante.

C’est un maillon essentiel pour les importations et les exportations britanniques. Une grève a été votée au port de Felixstowe, à l’est de l'Angleterre, où transitent 4 millions de containers par an. Pour au moins huit jours, il sera bloqué. Les dockers ont voté cette grève pour demander des augmentations de salaires. Les propositions de la direction du port ont été jugées insuffisantes. Plus 7% et une prime de 600 euros. "C’est en-dessous de l’inflation" ont jugé les syndicats.

Même situation dans le rail et dans le métro londonien, avec une grève très suivie depuis jeudi. A la Poste, la fameuse Royal Mail, la grève a été votée par 97% des 100.000 salariés. Ça fait du monde ! Sans parler des grèves sauvages qui ont touché ces derniers jours des sites d’Amazon, des raffineries ou des centrales électriques.

Et c’est bien la hausse des prix qui est à l’origine de tous ces mouvements, parce que l’inflation en Grande-Bretagne est la plus élevée des pays du G7. Elle a dépassé 10% sur un an au 1er juillet dernier, elle attendra 13% en octobre d'après les prévisions de la banque d’Angleterre. Et voilà pourquoi les syndicats demandent aujourd’hui des augmentations de salaire d’au moins 15%, ce qui forcement aurait un effet inflationniste, car on est dans un cercle vicieux.

L’hiver s’annonce particulièrement difficile. C’est la hausse du prix de l'énergie qui est responsable de tout cela. Le prix plafond du gaz et de l'électricité a augmenté de 54% au 1er avril dernier. Il va encore augmenter à la fin de cette semaine puis pourrait encore être relevé de 78% au 1er octobre. Concrètement, cela veut dire qu'un foyer anglais moyen va subir cet hiver une augmentation de 200% pour se chauffer. En moyenne, la facture de gaz et d'électricité atteindra 350 euros par mois cette année.

Ça parait insupportable et ça l’est. Les professionnels de santé ont prévenu vendredi que la Grande-Bretagne est menacée d’une grave crise humanitaire. De nombreux Britanniques vont devoir choisir entre se chauffer et manger. Sauter des repas, ou bien vivre dans le froid. Le président de la confédération nationale de santé, la NHS, prévoit des répercussions sur la mortalité infantile…

Une pétition pour refuser de payer les factures

Et l’on voit naître un vent de révolte. C’est un mouvement que la presse anglaise compare aux Gilets jaunes Français. Une pétition pour refuser de payer les factures a été signée par 100.000 personnes et elle commence à inquiéter les autorités. La pétition suggère que les consommateurs demandent à leur banque de stopper leurs versements automatiques à compter du 1er octobre.

D’ores et déjà, le nombre des impayés dans l’énergie a triplé depuis le début de l’année pour atteindre 1 milliard et demi d’euros. Mais ce n’est pas le résultat de l'appel à la désobéissance, c’est tout simplement des foyers qui ne peuvent plus payer…

L'Angleterre s'apprête donc à traverser sa plus grave crise depuis 30 ou 40 ans. Les observateurs estiment que le pays n’avait pas connu une telle crise sociale depuis les années Thatcher, la très libérale Première ministre anglaise connue pour sa poigne de fer et pour avoir résisté aux syndicats pendant les 11 ans de son règne dans les années 80…

La différence, c’est qu'aujourd'hui, il n’y a plus de dame de fer, ni même de Premier ministre. Boris Johnson, démissionnaire, est en vacances. Le nom de son successeur sera connu dans deux semaines exactement. C’est une femme, l’actuelle ministre des Affaires étrangères Liz Truss, qui semble la mieux placée. Elle a un programme très libéral qui prévoit de vastes baisses d'impôts. Mais elle risque surtout de très vite se retrouver dans la tempête…

Nicolas Poincaré