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"L'antisémitisme est une maladie millénaire qui renaît à chaque mécontentement" pour Serge Klarsfeld

La communauté juive est de plus en plus visée par des attaques antisémites. La France est devenue le pays européen dans lequel la communauté juive se sent le moins en sécurité. 80 ans après la rafle du Vel d'Hiv, entre crises politiques et sanitaires, est-ce que l'antisémitisme est de retour en France? Serge Klarsfeld, fils de déporté et historien, était l'invité de la Matinale week-end de RMC pour l'expliquer.

Il y a 80 ans jour pour jour, l'horreur. La France commémore les 80 ans de la rafle du Vél d’Hiv. A cette occasion, Emmanuel Macron doit prononcer ce dimanche "un discours offensif" contre l’antisémitisme. Un mal "très préoccupant" qui "rode encore et parfois de manière insidieuse" a déclaré un conseiller de l’Elysée. Et pour cause, en 2021, 589 actes antisémites ont été recensés en France.

Selon une étude relayée par l’association juive européenne, la France est le pays d’Europe dans lequel la communauté juive se sent le moins en sécurité, en dépit des actions menées par l’Etat. 64% de la population française estime que l’antisémitisme est un sentiment répandu en France. Un sentiment partagé par 85% des Français de confession ou de culture juive. Mais ce ne sont pas les chiffres les plus inquiétants : 68% des Français de confession ou de culture juive déclarent qu’ils ont déjà subi des propos antisémites et 20% affirment avoir été déjà victimes d’une agression physique à cause de leur religion.

Des sanctions durcies depuis 1990

Depuis la loi Gayssot adoptée en 1990, les sanctions contre les auteurs d’actes et de propos racistes ou antisémites ont été durcies. L’injure publique est punie d’une amende de 12.000 euros. Et si la justice retient son caractère raciste ou antisémite, la sanction peut aller jusqu'à un an de prison et 45.000 euros d'amende. En cas de profanation d'un cimetière, l'auteur encourt jusqu'à 3 ans de prison et 45.000 euros d'amende. Enfin, pour avoir tagué une croix gammée, la peine est plus lourde et peut aller jusqu'à 5 ans de prison assortie là encore de 45 000 euros d'amende.

Pour l'historien Serge Klarsfeld, invité de la Matinale week-end de RMC, "il y a des lois suffisantes." Le problème, selon lui, ce sont "les partis extrêmes" qui doivent redevenir "des partis républicains et acceptent la loi Gayssot et cessent d'être antisémites et rompent avec leur passé antisémite." Dans "partis extrême" il exclut "LFI et le RN (qui) ne sont pas antisémites.

"Ils sont anti-israéliens. En cela, ils nous choquent. Mais ils ne sont pas ouvertement antisémites. Par exemple, la gauche de Mélenchon est une gauche républicaine", explique le président de l'association des fils et filles de déportés de France.

Malgré tout, l'historien considère que la situation est loin d'être la même que dans les années 30. "Le nazisme était une idéologie impitoyable, raciste, une obsession, une idée fixe, une volonté d'hégémonie mondiale et de détruction totale des juifs. Ça n'a rien à voir avec l'antisémitisme d'aujourd'hui. Il faut se rapporter au passé, comparer mais prendre compte qu'aujourd'hui ce n'est pas la même situation qu'hier."

Le retour d'un "antisémitisme séculaire" ?

Le problème de l'antisémitisme en France, n'est pas seulement un problème français ou européen mais bien international. En 2021, les actes antisémites ont atteint un niveau record avec plus de 10 incidents par jour dans le monde. Et près de 50% de ses actes se sont produits en Europe. En cause, la pandémie de Covid qui aurait "ravivé" les discours antisémites et donné lieu à "de nouveaux mythes et théories du complot blâmant les juifs" pour la crise sanitaire.

"L'antisémitisme se nourrit de l'extrêmisme. L'antisémitisme une maladie millénaire. A chaque fois qu'il y a des mécontenements sociaux, politique, dans le monde, l'antisémitisme séculaire renaît avec le thème du complotisme, traditionnel, que les juifs dirigent le monde et que si le monde ne va pas bien, c'est à cause des juifs", explique Serge Klarsfeld.

En Europe, 9 juifs sur 10 estiment que l’antisémitisme a augmenté dans leur pays et les trois quarts d’entre eux évitent de porter un symbole religieux en public. Face à cette inquiétante hausse de l’antisémitisme, la commission européenne a dévoilé en octobre dernier sa première stratégie visant à lutter contre ce fléau. Plus que des sanctions, la commission a présenté une stratégie en 3 axes: faire de la prévention contre l’antisémitisme, protéger et soutenir la vie juive et enfin promouvoir l’étude et la mémoire de la Shoah.

Maxime Martinez et Guillaume Charpin