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13-Novembre: "Je me demande encore pourquoi moi, je suis vivant", témoigne Bruno Poncet, rescapé du Bataclan

Après presque six ans, les souvenirs sont intacts pour celui qui est devenu syndicaliste. Il raconte au micro de RMC, que ce soir-là, c'est tous ses sens qui ont été impactés par ce qui se passait dans la salle de concert.

Il était présent dans le Bataclan, le soir du 13-Novembre 2015. Bruno Poncet est l’un des rescapés de l’attaque terroriste qui a fait 90 morts. Invité ce mercredi sur RMC alors que s’ouvre le procès des attentats du 13-Novembre à midi, il a accepté de revenir sur un épisode qui “l’accompagne tous les jours”.

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Il espère que ce procès qui doit durer au total près de neuf mois, l’aidera à avancer.

“Ça fait bientôt six ans qu’on essaye d’en sortir par tous les moyens qu’on a pu trouver. Que ce soit de l’aide psychologique, psychiatrique ou autre. Et puis là on sait que pendant huit mois, on va y retourner tous les jours et on va même aller dans des endroits où on ne voudrait pas mettre les pieds. C’est certainement le chemin le plus dur, mais en même temps, il y a l’espoir de pouvoir reprendre une vie plus apaisée”, explique-t-il.

Le soir du concert, lui était installé à l’étage, au balcon de la salle de spectacle, face à la scène. Il raconte comment il a vécu cette scène d’horreur. “J’ai beaucoup vu, mais j’ai beaucoup entendu aussi. Et senti également. En fin de compte, tous les sens ont été impactés. Et aujourd’hui ça m'accompagne tous les jours. Moi, je suis porté par ceux qui ne s’en sont pas sortis, je pense à eux tout le temps. J’ai la chance de ne pas réentendre certains bruits ou ressentir certaines odeurs. Mais si par malheur ça devait arriver, ça reviendrait encore plus vite”, détaille-t-il.

"J'ai eu le besoin de me sentir utile"

Depuis l’attentat, il a repris sa vie en ayant le sentiment de devoir donner de son temps et de sa personne. C’est dans cette optique qu’il s’est lancé dans le combat syndical à Sud-Rail.

“J’ai le syndrome du survivant, c’est-à-dire que je me demande encore pourquoi moi, je suis vivant, pourquoi j’ai vu des gamins de 18-20 ans ne pas s’en sortir. Donc j’ai eu le besoin de me rendre utile. Parce que ce soir-là, j’ai entendu des gens mourir et je n’ai pas pu m’en occuper. Donc ça vous marque à vie. Moi, le chemin que j’ai trouvé a été le syndicalisme, pour m’occuper des autres”, assure-t-il.

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C’est vraiment ce sentiment d’impuissance qui semble encore aujourd’hui le marquer et le ronger. “Pendant 1H30, on a entendu des gens mourir, souffrir. Nous, on a eu la chance d’être dans un endroit protégé. Mais ce qui vous marque le plus c’est que vous ne faites rien. Quand après on descend, que la BRI nous fait sortir derrière leur bouclier et tout, qu’un policier nous dit ‘surtout ne regarder pas’, ben nous, on a regardé parce qu’on pensait qu’il y avait peut-être des gens à aider”, indique-t-il.

Il espère que ce procès lui permette de faire un pas de plus vers l’avant. Et espère également des réponses sur comment des jeunes nés en France ont basculé, sont partis en Syrie et ont commis ça. Ça, il assure ne pas le comprendre.

Guillaume Descours