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Attentat du 13-Novembre: le destin de Sonia qui a permis l'arrestation d'Abdelhamid Abaaoud

Au procès des attentats du 13 novembre qui s'ouvre mercredi, on attend un témoignage très fort. Celui de Sonia, la femme qui avait permis l’arrestation du chef des terroristes. Depuis six ans,sa vie a été bouleversée.

C’est l’histoire d’une femme de 44 ans qui a empêché un attentat, qui a sauvé de nombreuses vies, mais qui l’a payée très cher. Une histoire qui aurait pu rester secrète, mais cette femme que l’on appelle Sonia à un jour décidé de la rendre publique parce qu’elle s’estimait maltraitée.

Le 25 janvier 2016, deux mois et demi après les attentats, elle appelle le 3216, le standard de RMC. Elle tient des propos confus, explique qu’elle est menacée. Le témoignage est transmis à Claire Andrieux, journaliste à RMC qui la rappelle et va aussitôt la voir. Et Sonia, lui raconte sa rencontre deux jours après les attentats avec Abdelhamid Abaaoud.

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“Les terrasses, c’est moi”, a dit ce soir Abaaoud à Sonia. Et c’était vrai, il était un des trois membres du commando qui a fauché 39 personnes aux terrasses des cafés parisiens. Sonia s’est retrouvée face à lui, là où il se cachait en contrebas d’une autoroute, parce qu’à l’époque, elle hébergeait la cousine du terroriste. Une jeune fille paumée à la fois djihadiste et toxicomane.

Abaaoud a demandé à sa cousine de lui trouver des costumes et un logement. Et lui a surtout appris qu’il préparait un attentat à la Défense. Il voulait attaquer simultanément, un centre commercial, un commissariat et une crèche.

C’est à ce moment-là que Sonia a appelé la police. A donné l’adresse de l’appartement qui avait été trouvé à Saint-Denis. La suite est connue, Abaaoud, sa cousine et son complice y ont été abattus.

Mais qu’est-ce qui s’est ensuite passé pour Sonia?

Pour Sonia, plus rien n’a plus jamais été comme avant. Elle le raconte dans un livre, écrit avec Claire Andrieux de RMC: "Témoin". Elle dit, à 44 ans, je suis devenue “personne”.

Dans un premier temps, elle a été reçue par le procureur François Molins qui l’a félicitée. “Vous avez de nombreuses vies, ce que vous avez fait, personne ne l’a jamais fait”. Des paroles réconfortantes, mais la vie de Sonia devient un enfer. Placée sous protection policière, elle est hébergée dans un hôtel ou elle reste des jours enfermée, éloignée de son compagnon et de ses trois enfants qui sont restés dans leur logement. Par la suite, elle va bénéficier du statut de témoin protégé, statut créé spécialement pour elle. Un service de police fournit à toute la famille des nouvelles identités et de faux papiers. Mais il faut disparaître. Rompre avec tous ses amis, apprendre à mentir, s’inventer un passé.

Les problèmes administratifs sont kafkaïens. Ses enfants passent le bac sous leur nouveau nom alors qu’ils ont passé le brevet sous leur ancien nom. Une de ses filles se présente à l'hôpital pour recevoir des soins, mais on lui a dit qu'elle est officiellement morte. Bref, comme le dit son avocate Maître Maktouf, Sonia vit sans nom, sans histoire, sans passé, et donc sans avenir.

Elle n’a finalement pas été récompensée ?

Non, elle n’a pas reçu la Légion d'honneur. Elle n’a pas reçu de rétribution financière conséquente. Elle touche une aide d’environ 1000 euros qui est inférieure à ce qu’elle gagnait avant. Son avocate affirme que jamais on ne lui a proposé un emploi. Ni à elle, ni à son compagnon. Et lorsqu’elle a contacté le ministère de l'Intérieur ou l’Elysée, on lui a toujours promis d’intervenir, mais il ne s’est ensuite rien passé.

Aujourd’hui, son projet, c’est de témoigner au procès des terroristes du 13-Novembre. Elle sera entendue en mars, avec un dispositif de sécurité exceptionnel, sa voix et son image seront modifiées. Et elle reprendra ensuite sa vie de fugitive.

Nicolas Poincaré