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"C'est difficile de vivre dans un endroit où tout est cassé systématiquement": pour la première fois, la mère d'un dealer de drogue expulsée de son logement HLM à Nice

Une mère de famille va être expulsée de son HLM à Nice parce que son fils de 19 ans a été condamné pour trafic de stupéfiants à 20 mois de prison.

À Nice, le tribunal judiciaire a validé l’expulsion de deux personnes de leur HLM. Une mère de famille va voir son bail résilier parce que son fils de 19 ans a été condamné pour trafic de stupéfiants à 20 mois de prison. C'est une première judiciaire.

Pour les magistrats, la gravité des troubles a été suffisamment rapportée pour caractériser le défaut de jouissance des lieux loués que tout locataire ou tout occupant doit respecter. La locataire a par ailleurs été condamnée à payer une amende de 500 euros. 

La mesure est radicale, mais pour Marie-Jeanne-Murcia, représentante des locataires de l’Office HLM, les trafics et les dégradations étaient devenus insoutenables pour beaucoup de voisins:

"C'est difficile de vivre dans un endroit où tout est cassé systématiquement, où il y a du bruit, où il y a des va-et-vient. Donc même si peut-être certains connaissent les parents et peut-être avoir un peu de peine pour les parents, je suis sûr que c'est un soulagement".

Depuis plusieurs mois, le bailleur social multiplie les demandes d’expulsions, pour les locataires condamnés pour trafic de drogue:

"Nous faisons signer un règlement intérieur donc chaque locataire a un principe de responsabilité de tous ceux qu'il héberge. Je crois que c'est normal que lorsqu'on trafique, on puisse être expulsé de son logement pour pouvoir faire bénéficier ce logement à une famille qui le mérite et donc c'est ce que nous venons d'engager et je me réjouis d'avoir obtenu gain de cause", raconte Anthony Borré, l'adjoint au maire de Nice et Président de Côte d’Azur Habitat.

"On doit être condamné uniquement pour ses actes"

La mesure est pourtant perçue comme injuste envers la famille du trafiquant: "Ce n'est pas au bailleur social d'endosser le rôle de sanction à la lace des juges. Si l'on commence à condamner des gens pour des actes qu'ont commis leurs proches, il n'y a plus d'idée de justice elle-même. On doit être condamné uniquement pour ses actes", alerte David Nakache, président de l'association Tous Citoyens.

"C'est la porte ouverte à toute autre chose. Dans ce cas-là, ils ont précisé pour des stupéfiants mais ça va être ensuite pour n'importe quoi comme des problèmes de voisinage. Ils vont prendre n'importe quel autre prétexte pour déloger des gens des HLM. Ça va avoir des conséquences dramatiques. Où voulez-vous que les familles délogées aillent", s'inquiète de son côté Theresa Mafeis, président de l'association pour la démocratie à Nice.

Aujourd'hui, 69 procédures d'expulsion ont été lancées à Nice et n'ont pas encore abouti. De l'autre côté, il y a 16.000 dossiers sur liste d'attente pour obtenir un HLM dans la ville.

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Manon Aversa (avec G.D.)