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Crise des "gilets jaunes", islamisme... Les confidences de l'ex-préfet de police Didier Lallement

Didier Lallement publie un livre confidence où il revient sur les crises qu'il a dû gérer en tant que préfet de police de Paris. Et notamment celle des "gilets jaunes" qui, selon lui, aurait pu basculer dans la violence absolue. Il confie notamment qu'on a frôlé l’ouverture du feu.

La crise des "gilets jaunes" aurait pu bien plus mal tourner. C’est ce qu’affirme l’ancien préfet de police de Paris, Didier Lallement. Selon lui, à l’époque, on a frôlé l’ouverture du feu. Il avait été nommé en pleine crise des "gilets jaunes" pour remplacer un prédécesseur jugé trop mou. C’est l’homme qui portait une casquette trop grande pour lui, qui s’est adressé un jour à une manifestante "gilet jaune" en lui disant: “Madame, nous ne sommes pas dans le même camp”. C’est surtout le préfet qui a assumé une politique très ferme, voire très violente envers les manifestants, qui a accepté d'être détesté et qui dit même qu’il a aimé endosser le rôle du méchant.

Il a finalement quitté son poste l’été dernier et il sort de son silence, dans un livre et dans plusieurs interviews, dont une publiée lundi par L'Opinion. C’est dans ce journal qu’il révèle qu’au plus fort de la crise, on a effectivement frôlé l’ouverture du feu, c'est-à-dire que les forces de l’ordre auraient pu tirer sur la foule. Didier Lallement n’indique pas le jour et le lieu où l'on a frôlé ce drame, mais il estime que cela risque d’arriver un jour et que ce jour-là, on entrera dans une autre dimension.

Didier Lallement dénonce la violence des manifestants. Il parle d’une partie de la classe moyenne qui est entrée dans la révolte et dans la violence politique. Il décrit le mouvement des "gilets jaunes" comme une impasse, un mouvement qui n’avait pas de débouché politique autre que la violence, dont les acteurs ont systématiquement éliminé leurs chefs. Les “gilets jaunes” qui n’étaient qu’amertume et acrimonie. L’acrimonie, c’est la mauvaise humeur, l’aigreur et la hargne. Voilà ce que dit l’ancien préfet de police dans ce livre-plaidoyer.

Ce qu’il faut ajouter, c’est qu’en réalité la violence a été partagée tout au long de cette crise. La preuve par les bilans. 2.448 blessés chez les manifestants, dont une trentaine qui ont perdu un œil. 2.030 parmi les gendarmes et les policiers.

Une instruction est en cours sur les méthodes de la police pendant ces événements, notamment sur les pratiques de “nasse”. Didier Lallement sera sans doute appelé à s'expliquer devant un juge.

L’ancien préfet de police s’exprime aussi sur la délinquance, l’islamisme, la politique de la maire de Paris. Il évoque par exemple le trafic de crack comme un problème sans solution. Il donne des chiffres sur le nombre d'étrangers impliqués dans des actes de délinquances. Un délit sur deux à Paris est commis par des étrangers et 90 ou 95% pour les vols à la tire", dit-il.

Il s’inquiète du séparatisme islamiste qui cherche selon lui de façon insidieuse à imposer une religion dans la République. Et il dénonce la perméabilité à ce communautarisme de certaines municipalités de Seine-Saint-Denis. Il parle d’une importante déscolarisation dans ce département.

Le fiasco de la finale de la Ligue de champions comme point final

Sur la politique d’Anne Hidalgo, Didier Lallement se lâche. Il critique le choix de la maire de Paris, qui fait tout pour que les voitures ne circulent pas. Et tant pis pour les personnes âgées ou les familles avec enfants. On multiplie les terrasses de cafés, livrant la rue, selon lui, “à des jeunes trentenaires de plus en plus bruyants”. À 66 ans, presque retiré des affaires, Didier Lallement peut enfin dire tout haut ce qu’il pense vraiment des bobos et des jeunes fêtards parisiens.

Finalement, c’est à la suite du fiasco de la finale de la Ligue des champions au stade de France que Didier Lallement a dû quitter ses fonctions. Cela n’avait pas été dit clairement jusqu'à présent, mais Didier Lallement a bien démissionné à la suite de cette finale catastrophique entre Liverpool et le Real Madrid le 28 mai dernier. Aujourd’hui, il reconnaît que sur le plan de la sécurité, cela n’a pas été brillant. Il parle d’une soirée vécue comme une humiliation nationale et de notre drapeau qui a été sali.

“Par conséquent, je ne pouvais pas rester en fonction et j’ai assumé mes responsabilités”, assure-t-il.

Didier Lallement, aujourd’hui, a été nommé secrétaire général à la mer. Dernier poste avant la retraite. Son livre s’appelle: “L’ordre nécessaire". Une formule empruntée à Trotski. La citation complète du révolutionnaire russe c'était: “Les corbeaux auront beau croasser, nous créerons l’ordre nécessaire”.

Nicolas Poincaré