RMC

Des Français se font justice: "Une milice qui ne respecte rien a forcément des résultats rapides"

Après un meurtre et une agression sexuelle à Nantes et Roanne, des citoyens ont décidé de se faire justice eux-mêmes en interpellant les suspects et les livrant à la police, non sans violence. Ces dérives inquiètent les pouvoirs publics.

À Roanne (Loire), le père d’une petite fille de 6 ans qui aurait été agressée sexuellement par un adolescent de 16 ans, est sous le coup d'une enquête pour violence sur l'agresseur présumé. À Nantes, ce sont les jeunes d'un quartier sensible de la ville qui se sont mobilisés pour retrouver l'assassin présumé d'une femme de 47 ans. Menant une "enquête parallèle", ils ont exploité des caméras de surveillance d'un magasin du quartier, se sont rendus au domicile d'un homme et ont fouillé dans son téléphone avant de le livrer à la police.

Des dérives qui inquiètent la justice et les autorités: "Attention danger", alerte l'avocate Marie-Anne Soubré ce mercredi sur le plateau des "Grandes Gueules". "On ne peut pas faire soi-même le travail de la police en premier lieu et de la justice ensuite. À Roanne, c'est via une photo sur un portable que la mère de la fillette agressée a reconnu le suspect", entraînant le déchainement de violence du père, rappelle-t-elle.

"La dérive peut arriver"

"Mais on ne sait absolument pas si le jeune appréhendé par le père et reconnu sur une photo est le vrai coupable. C'est l'enquête de police uniquement qui peut le dire et la justice qui dira s'il est coupable", ajoute Marie-Anne Soubré qui prévient que le père risque une condamnation moindre que celle du suspect.

"Jean-Marie Villemin, qui a tué Bernard Laroche, parce qu'il pensait qu'il avait tué son fils dans l'affaire du petit Grégory, il n'a fait que 8 ans de prison, 5 avec les remises de peine, alors que c'était un assassinat. Il avait eu des circonstances atténuantes", rappelle l'avocate.

"Malheureusement notre pays est en train de dériver vers cette auto-défense et ces milices", s'inquiète sur RMC et RMC Story Bruno Pomart, ancien policier du Raid. "Les policiers interviennent jour et nuit pour assurer notre sécurité mais on est dépassés par le nombre de délits et la justice aussi. Donc un moment donné, on en arrive à ces milices. Et la dérive peut arriver", ajoute-t-il.

"Les citoyens quand ils prennent les choses en main, ça va beaucoup plus vite"

"Dans ce pays, on empile les procédures sur les procédures", renchérit Johnny Blanc. "Une milice qui ne respecte rien à forcément des résultats plus rapides puisqu'elle ne respecte aucune procédure. Les citoyens se rendent compte que quand ils prennent les choses en main eux-mêmes, ça va beaucoup plus vite", estime le fromager.

"Les gens ne supportent plus que même quelqu'un dont on est persuadé de la culpabilité, quand il y a un vice de procédure il est libéré", ajoute Johnny Blanc.

"J'ai beaucoup plus confiance dans la police que dans les citoyens. La police étant de mieux en mieux formée, des vices de procédures, il y en a de moins en moins", répond l'avocate. "Et un avocat qui voit un vice de procédure et qui ne le soulève pas fait une faute professionnelle, conclut l'avocate.

G.D.