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Nantes: crainte de la police face à des "pseudo-milices" qui font les enquêtes elles-mêmes

Après le meurtre d'une femme de 47 ans à Nantes dimanche, des jeunes du quartier ont permis l'interpellation d'un suspect. Problème: ils ont, eux-mêmes, obtenu les images de vidéosurveillance et fouillé dans le téléphone du meurtrier présumé, avant de se rendre chez lui. Une "contre-enquête" qui pourrait avoir de grosses conséquences, qualifiée de "dérive" par la police.

À Nantes, une "enquête parallèle" a été menée par des jeunes après le meurtre d'une femme de 47 ans, dimanche. Ils ont exploité des caméras de surveillance, se sont rendus au domicile d'un homme et ont fouillé dans son téléphone. Finalement, ce dernier a été interpellé par la police et est considéré comme le suspect de ce meurtre.

Pour autant, cette "enquête" est dénoncée par Jean-Christophe Couvy, secrétaire national du syndicat Unité SGP Police FO, invité sur RMC ce vendredi. "Il y a un État de droit et ça n'est pas à la population de faire la chasse à l’homme. On aurait préféré qu’ils remettent les vidéos aux policiers plutôt qu’ils aillent chercher cette personne-là", a-t-il indiqué.

"Ils ont pu polluer l'enquête"

D'après lui, cette façon de faire comporte des risques.

"Imaginez que cette personne-là ne soit pas la bonne et imaginez qu’il y ait eu des violences commises sur cette personne et qu’elle se soit fait lyncher", ajoute-t-il.

"Ils ont pu polluer l’enquête, notamment en allant perquisitionner illégalement dans ce téléphone et en allant chez l’individu. Il ne faut surtout pas faire ça. Ce que nous dénonçons c’est le fait qu’il y a une partie de la population qui ne fasse plus confiance du tout à l’État. Pourtant, l’État c’est le régalien et il se doit de protéger tous ses citoyens et c’est à l’État de mener cette enquête et d’interpeller l’individu", explique Jean-Christophe Couvy.

Pour le policier, "sur des quartiers comme ça, des quartiers populaires, la dérive possible est que ces jeunes mettent un couvercle sur le quartier". Il s'interroge: "Pourquoi ces jeunes ne livrent pas les trafiquants de drogue aux policiers?".

Dégradation de la sécurité à Nantes

À Nantes, l'insécurité serait de plus en plus présente. Pourtant "il y a 10 ans, c’était la ville de l’ouest où il fallait investir, où il y avait un bon vivre-ensemble, c’était une ville qu’on mettait sur un piédestal", explique-t-il.

Il voit plusieurs raisons à cette dégradation. "On a une population dans le centre-ville de marginaux, avinés, qui vit aux crochets de la société, il y a aussi une explosion de la délinquance et des réseaux de drogue", mais également une hausse de la population générale. Problème: malgré cette augmentation, "les effectifs de police n’ont pas suivi".

AB