RMC

"Expliquez-nous": comment une polémique sur une caricature de Mahomet a conduit à l’assassinat d’un enseignant ?

Des fleurs et des bougies devant le collège du Bois d'Aulne à Conflans-Sainte-Honorine

Des fleurs et des bougies devant le collège du Bois d'Aulne à Conflans-Sainte-Honorine - Bertrand GUAY / AFP

Vendredi dernier, Samuel Paty, professeur d'histoire, a été assassiné après avoir montré des caricatures de Mahomet en classe. Mais comment une polémique sur une caricature du prophète a conduit à l’assassinat de cet enseignant ?

Tout commence le 5 octobre dernier, dans un cours d’éducation morale et civique de 4eme au collège du Bois d’Aulne à Conflans Sainte Honorine dans les Yvelines.

C’est là que Samuel Paty, professeur d’histoire-géographie, depuis 5 ans dans ce collège, donne un cours sur la liberté d’expression. Il l'illustre par une caricature de Mahomet, dessiné par Coco en 2012, publiée dans Charlie Hebdo. Le prophète y est représenté, nu, à quatre pattes, ses fesses en premier plan, sur lesquels une étoile est collée. 

Avant de diffuser cette caricature, Samuel Paty a pris soin de prévenir ses élèves musulmans et leur a proposé, s’ils le souhaitaient, de se cacher les yeux ou de sortir de la classe pendant qu’il montrait ce dessin.

Dès le lendemain, une mère de famille appelle l’établissement

Plusieurs parents s’émeuvent de cette caricature montrée à leurs enfants. On va dire que l’objectif était atteint, c’est-à-dire que s’est engagé un vrai débat sur la liberté d’expression, mais avec les parents. Et, dès le surlendemain, un père, Brahim, publie plusieurs messages sur Facebook pour dénoncer ce qu’il considère comme un acte islamophobe. 

Le 8 octobre, c’est-à-dire 3 jours après le visionnage de cette caricature, ce papa se rend au collège pour rencontrer la principale, avec Abdelhakim Sefrioui, un islamiste fiché S pour radicalisation. Ils réclament tous les 2 le renvoi du professeur Samuel Paty. Il faut savoir que la fille de Brahim n’a pas assisté à ce cours. Elle était absente car elle avait été exclue du collège 2 jours pour indiscipline. Elle n’a donc pas vu cette caricature de Mahomet qui a tant fait réagir son père.

Le père de l’élève ainsi que l’islamiste Abdelhakim Sefrioui vont poster plusieurs vidéos

Dans une des vidéos, le père donne le nom du professeur ainsi que l’adresse du collège. Il dépose également une plainte au commissariat pour diffusion d’image pornographique. Une enquête est ouverte, le professeur est entendu le 12 octobre. Il donne alors aux policiers une copie de son cours et il décide lui aussi de déposer plainte, pour diffamation 

Le 12 octobre, c’est aussi le jour où le service central du renseignement territorial rédige une note confidentielle sur cet incident. La principale, elle, a reçu les autres parents d’élèves qui ont discuté avec le professeur d’histoire. Le climat semblait s’apaiser. 

Pourtant, la principale dit qu’elle a reçu plusieurs appels menaçants, au collège, le 12 octobre. Preuve que les vidéos visant Samuel Paty et le collège étaient devenues virales.

Le 16 octobre, Abdoullak Anzorov se rend à Conflans sainte Honorine armé d’un couteau de 35 centimètres

Il patiente devant le collège, interroge des élèves pour identifier Samuel Paty qu’il poignarde et à qui il tranche la tête, autour de 17h vendredi. Il a le temps de diffuser un message Twitter de revendication ainsi que la photo du professeur décapité. La police le repère, il se montre très agressif et ne veut pas jeter son arme, un fusil de type airsoft, il est donc abattu par la police. 

Abdoullak Anzorov, agé de 18 ans, d’origine tchétchène, n’avait visiblement aucun lien avec le collège. A-t-il pris seul la décision d’assassiner Samuel Paty ? Les vidéos sont-elles à l’origine de son acte ? C’est ce que les enquêteurs tentent de comprendre avec les gardés à vue en ce moment même

Est-ce que l’Éducation nationale a soutenu Samuel Paty face aux parents choqués ?

Apparemment oui. Dans un des vidéos postées par le père, Abdelhakim sefrioui se vante d’un coup de fil de l’académie disant qu’elle allait sévir contre Samuel Paty. C’est ce qui a provoqué une polémique ce week-end. Mais l’Éducation nationale a démenti hier, expliquant qu’ils avaient totalement soutenu le professeur.

La principale du collège a d’ailleurs accompagné Samuel Paty lors de son dépôt de plainte. Une équipe appelée "Valeurs de la République", c’est-à-dire les référents laïcité de l’éducation nationale, est venue sur place, au collège, pour rencontrer le professeur, lui disant que son approche du cours sur la liberté d’expression avait été la bonne. 

Jean-Michel Blanquer a demandé l’ouverture d’une enquête de l’inspection générale, mais uniquement pour des raisons de transparence a-t-il déclaré.

Bérengère Bocquillon