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"J’avais l’impression d’une intrusion dans ma vie": ciblés sur les réseaux sociaux, ces professeurs dénoncent la pression qu'ils subissent

Depuis l'attentat contre un professeur d'histoire qui a montré les caricatures de Charlie Hebdo sur Mahomet pour un cours sur la liberté d'expression, un vent de révolte monte chez les enseignants.

Les réseaux sociaux pointés du doigt après l'attentat qui a coûté la vie à Samuel Paty. Dimanche le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal a estimé qu'ils avaient "une responsabilité".

L'histoire serait en effet partie d'une vidéo publiée sur internet par le père d'une élève de Samuel Paty, vidéo dans laquelle il demandait l'exclusion de l'enseignant qui avait présenté des caricatures du prophète Mahomet en classe. S'en était suivi un "lynchage public" selon le porte-parole du gouvernement qui souligne que "ceux qui ont participé, sont d’une certaine manière responsables de ce qui s’est passé ".

Des réseaux sociaux, qui s'invitent donc désormais au beau milieu des salles de classes. Une photo d'elle, déguisée en clown, qui se retrouve sur la page Facebook du groupe de sa classe. Béatrice, professeur de musique en lycée en garde un souvenir douloureux.

“J’avais trouvé ça très violent. J’avais l’impression d’une intrusion dans ma vie. Quelque chose qui n’avait rien à voir avec ma fonction”, explique-t-elle. 

Elle n'est alors ni entendue ni soutenue par la proviseure de l'établissement. “Lettre morte. Je n’ai eu aucune défense ni même aucune remarque comme quoi elle était désolée pour moi, que c’était scandaleux, rien”, ajoute-t-elle. 

Pour prévenir les mauvaises surprises sur les réseaux sociaux, certains tentent d'anticiper comme Thibault, coordinateur de vie scolaire dans un collège. “Je vais sur Google et je tape le nom de l'établissement, mon nom et je regarde ce qui ressort sur les réseaux sociaux pour savoir s’il y a des choses qui se disent, pour avoir des informations. On est obligé de le faire parce qu’on ne peut plus y échapper, c’est impossible surtout avec des collégiens qui sont toutes la journée sur les réseaux sociaux”, affirme-t-il. 

Une pression alimentée par les parents

En plus de la pression exercée par leurs élèves, les profs doivent aussi composer avec celle des parents. Aurélie, est enseignante en CP et maman. Son cauchemar, les groupes de discussions en ligne entre parents.

“Ca prend de l’ampleur parce que c’est quasiment tous les parents de la classe et ça peut vite monter à la tête des parents. Des rumeurs, des critiques, une punition qui a pu être donnée, on remet en question, on demande des comptes. Ca amène les parents à se défouler un petit peu. Il n’y a pas de droit de réponse”, déplore-t-elle. 

Alors que faire? Réagir, mais comment? Pour les lycéens de Céline, ce sera une piqûre de rappel. Cette professeur de droit et d'économie en lycée professionnel a déjà prévu une intervention au retour des vacances.

“Dès la rentrée, il y aura un rappel de fait sur ce point-là parce que c’est la liberté de chacun qui est touchée. Et le fait de filmer comme ça et d’envoyer des vidéos, nous professeur ça nous met en danger pour des choses inutiles. Ca nous permettra de leur faire un rappel sur la liberté d’expression, le respect d’autrui et sur le fait qu’on puisse effectivement avoir des idées différentes les uns des autres, mais que c’est en communiquant qu’on va pouvoir en dégager des arguments”, détaille-t-elle. 

Pour tenter de trouver une solution Marlène Schiappa, ministre déléguée en charge de la Citoyenneté, reçoit demain les représentant français de ces réseaux sociaux.

Alfred Aurenche avec Marie Regnier avec Guillaume Descours