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Adolescent de 14 ans tué à Marseille: pourquoi les victimes de règlements de compte sont de plus en plus jeunes?

Mercredi dernier, c’est un enfant de 14 ans qui a été tué à la kalachnikov, la onzième victime anonyme des règlements de compte à Marseille en 2021.

C’est au milieu des barres d’immeubles, dans les rues en pente du 14ème arrondissement de Marseille, qu’habite Anaïs. Les règlements de compte sous ses fenêtres font réagir l’adolescente de 16 ans. "Ça me choque quand même". Mercredi dernier, c’est un enfant de 14 ans, à peine plus jeune qu’elle, qui est tombé sous les balles dans son quartier, la onzième victime anonyme des règlements de compte à Marseille en 2021: 

"Le petit il a 14 ans, il n'a pas de vécu, il n'a rien. Tout ça parce qu'ils font de la merde... Ça m'inquiète, imaginez si mon petit frère fait la même chose...", ajoute-t-elle.

Ces règlements de comptes à répétition sont insupportables pour l'adolescente de 16 ans: "On a peur, c'est dangereux, avant ce n'était pas comme ça, il n'y avait pas tout ce qu'il y a aujourd'hui".

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"Des enfants de 14 ans sont des assassins aujourd'hui"

Sur RMC, vendredi matin, Kaouther Ben Mohamed, mère de famille et ancienne éducatrice à Marseille, a laissé éclater sa colère en direct. 

Selon elle, "Ces enfants sont sacrifiés depuis longtemps. Non, nous n'achetons pas une kalachnikov comme un pain au chocolat à Marseille. Je défie le maire, Benoît Payan, que je connais bien, d'acheter une kalachnikov lui-même. Ce n'est pas en vente libre" a-t-elle dénoncé, avant de confier que "Ces territoires ont été abandonnés par les pouvoirs publics".

"Il faut que les enfant aient des perspectives, avec des écoles de la République, du sport, une activité culturelle. Il ne faut pas que ces enfants soient enclavés. Il n'y a pas de piscine, de gymnase en accès pour ces enfants. C'est la faute à l'État. Ces enfants n'ont pas besoin de la police, mais de dignité, de sport, de culture. Il faut rétablir une police de proximité pour renouer le dialogue et redonner des perspectives d'avenir. (...) Aujourd'hui, c'est pire que le Bronx: des enfants de 14 ans sont aussi des meurtriers. Des enfants de 14 ans sont des assassins aujourd'hui. Tout le monde a failli. Il y a vingt ans on les amenait à la montagne, on avait des moyens financiers et humains. Aujourd'hui on leur demande de faire de la pâte à sel, soyons sérieux" a conclu Kaouther Ben Mohamed.

"On parle de 30.000 à 70.000 euros de chiffres d'affaires quotidien selon le point de deal"

De leur côté, les policiers expliquent qu’ils ne sont pas la solution à tout. Eddy Sid, délégué Unité-SGP Police FO à Marseille, regrette le manque de travailleurs sociaux dans les quartiers, d’autant que les dealers, les guetteurs sont de plus en plus jeunes:

"On a une partie des plus âgés qui se sont rangés, une partie des plus âgés qui ont aussi été appréhendés par les forces de l'ordre. Conséquence, on a des protagonistes plus jeunes, parce qu'il faut tenir le réseau et que la manne financière est conséquente. On parle de 30.000 à 70.000 euros de chiffres d'affaires quotidien selon le point de deal".

Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, pointe lui du doigt les consommateurs de stupéfiants, qu’il juge complices des règlements compte.

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Maxime Levy (avec Guillaume Dussourt)