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EDITO - Les 3 raisons du succès d'Emmanuel Macron

Arrivé en tête du premier tour, Emmanuel Macron est désormais ultra-favori face à Marine Le Pen pour entrer à l’Elysée. Il y a trois ans, il était pourtant totalement inconnu du grand public. C'est bien une révolution qui a lieu, estime Cécile Cornudet, éditorialiste politique au quotidien Les Echos et membre du QG Bourdin 2017.

Cécile Cornudet, éditorialiste politique au quotidien Les Echos et membre du QG Bourdin 2017.

"Ce qu'il s’est passé dimanche soir, c'est une révolution, un big-bang, un tsunami. Je pense qu’il ne faut pas avoir peur des mots. Il s’est passé la fin du système gauche droite, PS - LR, autour duquel s’articulait la vie politique française dans la Vème République. Et qui en tire bénéfice? Hé bien celui qui l’a vu le premier, ce séisme, qui l’a sans doute un peu accéléré, mais qui l’a théorisé, et qui s’est posé en alternative rassurante: Emmanuel Macron. On a aujourd’hui un homme de 39 ans, qui n’étaient encore que simple conseiller à l’Elysée il y a trois ans, en passe de devenir président de la République, alors que tous ses prédécesseurs avaient été élus au terme d’une déjà longue carrière politique. Même Giscard d'Estaing en 1974 avait plusieurs fois été ministre.

1. "Il a eu l’intuition que les deux partis de gouvernement étaient à bout de souffle"

Son succès, il le doit à beaucoup de chance, mais aussi à trois raisons objectives dont celle-ci: il a eu l’intuition que les deux partis de gouvernement étaient à bout de souffle. Et qu’il fallait y aller là, maintenant, tout de suite et pas plus tard. Cela a été une différence avec Manuel Valls par exemple, qui pensait qu’il fallait attendre l’après-présidentielle.

2. "Il a osé prendre son risque"

Mais il y a deux autres raisons. D'abord, il a eu du courage, un brin de folie ou beaucoup d’égo, appelez cela comme vous voulez. Mais il a surtout osé partir, 'prendre son risque' comme il dit, quitter un certain confort en partant du gouvernement.

3. "Il a su mailler le territoire avec En Marche !"

Enfin, il a créé son mouvement, En Marche !, et en a fait quelque chose que l’on peut mettre à son actif. Il a su capter une énergie dans le pays qui ne demandait qu’à s’exprimer mais qui voyait les portes des partis fermés. Il a su faire venir à la politique beaucoup de gens investis dans des associations par exemple, de l’or en terme de dévouement et d’enthousiasme. Il y a eu des réunions partout dans le pays où les sympathisants ont pu réfléchir sur le projet.

En moins d’un an, il a su mailler le territoire, donner des instruments de mobilisation aux adhérents, inventer un ton, une nouvelle façon de converser entre adhérents et organisation politique... C’est une vraie réussite. Voilà, l’intuition, le risque, le mouvement, ce sont ses trois victoires.

"Un Premier ministre Les Républicains pour porter l'estocade?"

Mais au-delà de ces habiletés politiques – qui ne sont pas sans saveur pour quelqu’un qui veut faire de la politique autrement - c’est très utile pour gagner, mais pour gouverner… il a encore une identité à se forger. Elle reste incertaine. Mais tant que les élections législatives ne seront pas passées, on restera dans la tactique.

Emmanuel Macron ne s’en est d'ailleurs pas caché hier (dimanche). 'Notre défi est de rompre jusqu’au bout avec le système qui a été incapable de répondre aux difficultés du pays', a-t-il dit. Je vous traduis en vous rapportant ce que disent ses proches: le PS est à terre, maintenant il faut faire rendre l’âme aux Républicains, pour éviter qu’ils ne prennent leur revanche aux législatives en imposant une cohabitation. 'Venez travailler avec nous', a lancé Gérard Collomb, sénateur-maire de Lyon et soutien d'Emmanuel Macron, hier. Ce dernier, envisagerait, lui, de nommer un premier ministre Les Républicains, histoire de bien fracturer un pays déjà exsangue."

Cécile Cornudet