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D’une certaine façon, Emmanuel Macron ringardise Marine Le Pen, et elle n’aime pas ça

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Quelle stratégie pour Marine Le Pen en vue du 2e tour de l’élection présidentielle? Selon Erwan Lecoeur, sociologue et auteur du "Dictionnaire de l’extrême droite", la candidate du Front national hérite du plus mauvais adversaire possible pour elle dans la course à l’Elysée.

Erwan Lecoeur, sociologue, auteur du "Dictionnaire de l’extrême droite".

"On s’attendait à ce que Marine Le Pen soit au 2e tour. C’est un élément important et fondamental. Tout a changé depuis quelques années en politique dans ce pays. L’arrivée de Marine Le Pen au second tout est une évidence, une normalité. Mais elle est face à cet événement politique tout nouveau qu’est Mr. Macron. Cet événement est arrivé et a préempté le champ de la nouveauté. Il a préempté ce que Marine Le Pen avait dit depuis des années. Le seul élément nouveau depuis 2014, c’est Emmanuel Macron.

Tout ça compose quelque chose qui est à la fin d’un cycle. Il commence au début des années 2000, avec le 21 avril 2002. Avec l’effondrement du Parti socialiste, qui survit parce qu’il a beaucoup d’élus. Avec l’effondrement de l’UMP, qui survit parce qu’il y a un président qui est élu sur des bases un peu étranges. Ces deux partis traditionnels aujourd’hui s’effondrent une fois pour toutes, et on est dans un nouveau clivage politique, que nous n’arrivons pas complètement à définir.

Marine Le Pen espérait, comme son père en 2002, affronter un candidat entre guillemets du système. Si possible de gauche, comme ça elle espérait récupérer l’électorat de droite de son côté. Mélenchon, ou Hamon, ça aurait été l’idéal pour elle. Là elle se retrouve face à quelqu’un qui n’est pas simple, parce qu’elle ne sait pas très bien comment le saisir. Bien sûr que pour elle c’est l’homme de la mondialisation, des banques, du système, mais néanmoins il est très nouveau. Et beaucoup plus qu’elle finalement dans le jeu politique.

"Le gros problème de la famille Le Pen c’est comment passer ce fameux plafond de verre"

Il rénove le jeu politique. Et d’une certaine façon il la ringardise. Et Marine Le Pen n’aime pas être ringardisée. Elle n’a pas l’habitude d’être le second rôle dans ce genre de situation. Elle se retrouve finalement dans le pire scénario pour elle au second tour. Elle a fait une fin de campagne un peu étrange, où elle a voulu reprendre ses fondamentaux sans tout à fait les reprendre non plus. Du coup, même dans ses troupes, des gens ont commencé à douter de sa capacité à être celle qui gagnerait au 2e tour.

C’est exactement la même chose que Jean-Marie Le Pen en son temps. Être au second tour il a su faire le 21 avril 2002. Cette fois c’est moins surprenant. Le gros problème de la famille Le Pen ce n’est pas comment passer au 2e tour, c'est comment passer ce fameux plafond de verre. Et là a priori Marine Le Pen semble mal partie pour le faire. A part s’il y a un accident politique ou si Mr. Macron fait une énorme erreur durant ces 15 jours".

Antoine Maes