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"Il faut passer commande, il y a urgence": le général Pierre de Villiers alerte sur l’armement français

Dans "Les Grandes Gueules" ce lundi sur RMC et RMC Story, le général Pierre de Villiers alerte sur la nécessité de rapidement réarmer l’armée française.

Des canons, des chars, des avions, des munitions… et vite ! Selon le général Pierre de Villiers, ancien chef d’Etat-Major des armées, la France doit rapidement acter des décisions pour son réarmement, dix mois après le déclenchement de la guerre en Ukraine. "Je tire la sonnette d’alarme sur nos moyens militaires à nous, pour être capables de faire face à cette nouvelle situation, explique-t-il dans ‘Les Grandes Gueules’ ce lundi sur RMC et RMC Story. L’ordre international n’est plus régulé. M. Poutine a franchi la frontière, a envahi un pays. Dans cette affaire, il y a un agresseur et des agresseurs. Et on voit bien qu’à tout moment, ce conflit peut dégénérer. Soit à l’intérieur, avec l’utilisation d’armes chimiques voire nucléaires tactiques, parce qu’un dictateur dans un tunnel ne recule jamais et l’histoire nous l’a enseigné maintes fois, depuis des siècles. Soit à l’extérieur. On l’a vu avec les obus qui sont tombés en Pologne. Heureusement, c’était ukrainien. On est quand même dans une situation extrêmement instable."

"Nous les militaires, nous savons ce que c’est la guerre, dans son horreur, ajoute le général. On l’a peut-être oublié dans notre culture pour former nos responsables. La guerre est à nos portes aujourd’hui, mais elle peut très bien un jour arriver chez nous. On dit que je veux faire peur, que nous sommes en coalition… Nous étions en coalition avant la chute du mur de Berlin et nous avions quand même ce dispositif de défense opérationnelle du territoire, pour protéger les points sensibles. Nous avons la dissuasion nucléaire, mais il y deux personnes qui la connaissent vraiment, le président de la République et le chef d’Etat-Major des armées. La dissuasion nucléaire ne nous protège pas de missiles de croisière qui arriveraient ou d’attaques sur notre sol. Ce n’est pas parce que nous avons la dissuasion que nous n’aurons pas un Etat-puissance, ou quelqu’un de déraisonnable, qui ne sera pas capable de nous attaquer sur notre propre sol."

"Malheureusement, si tu veux la paix, prépare la guerre"

"Nous avons changé de monde, on nous le dit toute la journée mais il faut en tirer toutes les conclusions, presse le général Pierre de Villiers. Il est urgent de prendre les bonnes décisions pour réarmer la France, passer à une économie de guerre, comme le disait le président. On n’avait plus que 80 canons (Caesar), on en a donné 20 (à l’Ukraine, ndlr). On n’a plus que 200 avions de combat, on en avait 600 il y a 20 ans. On n’a plus que 200 chars Leclerc, on en avait 600 il y a 20 ans. Et sur les 220 chars Leclerc, combien seraient bons pour la guerre? Il faut voir la réalité en face. Je ne suis pas là pour faire peur aux gens. Je suis là pour dire ‘attention, il y a urgence’. Depuis le 24 février dernier et l’envahissement de l’Ukraine, on en est toujours à faire des réunions dans des salles obscures et moquettées pour savoir quelle loi de programmation militaire on va faire."

Et donc, selon l’ancien chef d’Etat-Major des armées, "il faut passer commande". "Les industriels, c’est très long, rappelle-t-il. Pour construire un Caesar, c’est 18 mois à deux ans. Pour construire un missile de croisière, c’est minimum un an. Il y a une partie fabriquée dans tel pays, l’autre ailleurs… Il n’y a pas de temps à perdre. Il y a urgence. Nous avons perdu tout un tas de capacité en termes de munitions notamment. Quand vous voyez la consommation de munitions en Ukraine, c’est dingue! Il y a eu 100.000 soldats hors de combat de part et d’autre, tués, disparus ou blessés, en moins d’un an. C’est colossal. Et je ne compte pas les pertes civiles, qui sont énormes. La guerre moderne de haute intensité est meurtrière. Malheureusement, si tu veux la paix, prépare la guerre. Toute faiblesse par rapport à ces Etats-puissances sera de toute façon exploitée."

LP