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McKinsey: ce qu'il faut savoir sur l'enquête ouverte par le Parquet national financier

Le Parquet national financier a annoncé mercredi avoir ouvert une enquête sur l’affaire des cabinets de conseil privés. Le nom de McKinsey n’est pas cité mais c’est bien ce cabinet qui est visé.

La pression était en train de devenir très forte. Trois parlementaires du mouvement d’Eric Zemmour avaient annoncé leur intention de saisir le Parquet national financier. Des magistrats anonymes avaient signé une tribune pour demander l’ouverture d’une enquête sur McKinsey, parce que “ne pas le faire, ce serait alimenter le soupçon”. Sans parler de tous ceux dans l’opposition qui faisaient remarquer que la justice était bien passive alors qu’il y a cinq ans, dans l’affaire Fillon, elle avait ouvert une enquête préliminaire quelques jours seulement après les révélations du Canard Enchaîné.

Face à toutes ces interpellations, le PNF a donc fini par réagir mercredi en disant qu’en fait, une enquête est ouverte depuis le 31 mars. Depuis une semaine donc, la justice a commencé à enquêter mais ne l’avait pas fait savoir.

Sur quoi se concentre l'enquête?

L’enquête porte sur des soupçons de blanchiment aggravé de fraude fiscale. L'enquête devra déterminer pourquoi le cabinet américain McKinsey n’a pas payé l'impôt sur les sociétés en France depuis dix ans. Ce sont les sénateurs qui l'avaient révélé. Les deux filiales françaises de ce cabinet américain, leader mondial sur le marché du conseil, sont bien assujetties à l'impôt sur les sociétés, mais ses versements s’établissent depuis dix ans à la somme de “zéro euro” malgré un chiffre d'affaires de plus de 300 millions d'euros en 2020.

Ce petit miracle s’explique par une pratique assez commune dans les grands groupes internationaux. Les bénéfices sont délocalisés. En l'occurrence, McKinsey France paye une redevance très élevée à la maison mère américaine. On appelle cela des frais de transfert. Résultat, McKinsey France ne fait officiellement pas de bénéfice, et ne paie pas d'impôt.

Quant à la maison mère américaine, elle est domiciliée dans l'État américain du Delaware, un paradis fiscal où les sociétés ne sont pas imposées. Et voilà comment McKinsey ne paie aucun impôt, ni en France, ni ailleurs, sur ses bénéfices français.

Est-ce que tout cela est légal ?

Mais personne ne sait si c’est légal ou non. Ce sera aux enquêtes fiscales et maintenant pénales de le déterminer. Ceux qui disent que tout cela est parfaitement légal, comme Emmanuel Macron, s’avancent un peu. Et ceux qui disent que c’est illégal s’avancent un peu eux aussi.

En réalité, ce mécanisme des frais de transfert est légal s’il est justifié et raisonnable. Si la maison mère à l’étranger fournit effectivement des services réels, comme de l’assistance, comme le droit d’utiliser une marque forte, comme de l’aide pour trouver des clients, alors la filiale française a le droit de payer tous ces services, et de déduire ce prix de ces bénéfices.

Mais, si les sommes sont démesurées, si systématiquement tous les bénéfices partent à l’étranger, alors c’est de la fraude. Normalement, les filiales françaises de groupes étrangers qui se livrent à ces pratiques sont très contrôlées. Surtout quand l’argent part vers des paradis fiscaux. En l'occurrence, ça n’a pas été le cas. McKinsey France n’a fait l’objet d’aucun contrôle fiscal depuis dix ans. C’est Le canard enchaîné qui l’a révélé en soulignant "l’incroyable myopie du Fisc français"…

Pourquoi cette affaire éclabousse-t-elle Emmanuel Macron?

Une quinzaine de conseillers de McKinsey France ont participé à titre personnel à sa campagne de 2017. Dont Karim Tadjeddine, le dirigeant qui avait juré devant les sénateurs que McKinsey payait l'impôt sur les sociétés et qui risque aujourd’hui d'être poursuivi pour faux témoignage. Ce cadre de McKinsey avait déjà travaillé aux côtés d’Emmanuel Macron il y a des années, au sein de la commission Attali.

D'où les soupçons de copinages, de renvoi d'ascenseur. On peut reprocher au gouvernement d’avoir travaillé avec une entreprise sans vérifier qu’elle payait correctement ses impôts. Même si en réalité, le cabinet McKinsey n’a touché que 1 ou 2% des sommes consacrées par les pouvoirs publics aux cabinets de conseil. Ce n’est pas le montant des contrats qui pose problème, ce sont les combines fiscales… L'enquête dira si McKinsey a triché et doit payer. Mais naturellement ce sera bien après la présidentielle…

Nicolas Poincaré (édité par J.A.)