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Si les chiffres sont disponibles on ne voit pas pourquoi on ne les donnerait pas à nos lecteurs

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Alors que les médias français sont tenus d’attendre 20h pour donner les premières estimations du résultat du premier tour de l’élection présidentielle, à l’étranger, certains ne s’en priveront pas. C’est le cas pour Stéphane Benoit-Godet, rédacteur en chef du Temps, en Suisse. Il explique pourquoi il pourrait annoncer le résultat avant les Français.

Stéphane Benoit-Godet est rédacteur en chef du Temps, en Suisse.

"On publiera les chiffres dès qu’on aura des données fiables, en règle général une heure avant la fermeture des bureaux de vote. On va y aller, on ne se pose pas beaucoup plus de questions que ça. C’est un peu une tradition en Suisse, il y a pas mal de sites qui font ça, depuis plusieurs années. Avant, c’était plus difficile d’accès pour les personnes qui résident en France. Maintenant, avec le web, c’est d’une telle facilité que c’est devenu une évidence pour nous qu’il faut rendre ça public.

A peu près fiable c’est quoi? Cette fois la configuration est un peu particulière, parce qu’on a quatre candidats qui sont dans un mouchoir de poche. Donc il ne faut absolument pas qu’il y ait la moindre indication qui nous ferait dire que le résultat n’est pas complètement tranché. On ne prendra pas le risque d’annoncer que tel candidat est en tête alors que ce sera peut-être un autre qui le sera plus tard dans la soirée.

"On ne prendra pas le risque de griller notre ligne rédactionnelle"

On a un correspondant permanent à Paris, on a fait beaucoup de reportages en France. On a essayé de faire un travail de fond sur toute cette campagne. Les chiffres, c’est un petit peu le grand moment de suspense. Mais on ne prendra pas le risque de griller notre ligne rédactionnelle, qui est extrêmement rigoureuse, avec des choses qui ne seraient absolument pas fiables.

A partir du moment où un sondage un peu déterminant circule dans les états-majors politiques, on a un peu de mal à comprendre pourquoi le grand public ne serait pas au courant de ça. Il y a une énorme communauté de Français établis en Suisse. Mais notre lectorat premier est suisse et il est passionné par ce qui se passe en France. On ne pense pas avoir une influence telle qu'on pourrait influer sur le scrutin.

"Le chiffre qu’on donnera, on va vraiment le vérifier"

Est-ce qu’on prend un risque légalement? Potentiellement oui, mais on s’en fiche un peu. On est un peu hors-juridiction. A partir du moment où on est lu en France, peut-être qu’on pourrait être attaqué. A l’ère du web, des réseaux sociaux, c’est une ligne qui je pense est de plus en plus difficile à tenir. C’était le cas lors des élections précédentes. On n’est plus en 1981 avec les petites lignes qui dévoilent François Mitterrand. Ce sera beaucoup plus compliqué à contenir, à moins qu’il y ait un énorme doute sur l’identité des vainqueurs.

Le chiffre qu’on donnera, on va vraiment le vérifier, vérifier sa source. Ce sera la foire d’empoigne dimanche, il y aura tout et n’importe quoi. La fake news, vous en ferez l’expérience en France. Donc on a un rôle à jouer en tant que média indépendant, rigoureux".

Propos recueillis par Antoine Maes