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Le nucléaire a-t-il encore un avenir en France? ça fait débat sur RMC

Si certains estiment que le nouveau retard annoncé de l'EPR de Flamanville est du à la complexité du réacteur nouvelle génération, d'autres y voient un signal pour mettre fin au nucléaire en France.

Le chantier de l’EPR de Flamanville (Manche) va de nouveau prendre du retard. L’autorité de sûreté nucléaire a demandé à EDF de procéder à de nouveau travaux avant la mise en service du réacteur. Au total la construction de ce réacteur nucléaire troisième génération cumule déjà 8 ans de retard, et l’on pourrait atteindre les 10 ans avec cette nouvelle annonce.

Le chantier collectionne problèmes techniques et ratés : après des fissures dans la dalle de béton censée supporter le réacteur ou encore des pièces industrielles non-conformes, il s’agit cette fois de soudures défectueuses difficilement accessibles.

"Un cas particulier"

L’autorité de la sureté du nucléaire a expliqué que les travaux allaient être effectués avant 2022, tandis que EDF n’a pas confirmé ce calendrier pour l’instant.

Pas de quoi inquiéter Francis Sorin toutefois. Pour ce conseiller auprès de la Société française d’énergie nucléaire (SFEN), le retard accumulé par l’EPR ne remet pas en cause le déploiement de l’énergie atomique dans notre pays.

"Le coup dur que subit Flamanville ne veut absolument pas dire qu’il faut arrêter le nucléaire en France. C’est un cas particulier, c’est un nouveau prototype d’une nouvelle génération. C’est un réacteur incroyablement compliqué. Ce retard ne condamne d’autant moins le nucléaire français que deux EPR viennent d’être mis en service en Chine et fonctionnent très bien. L’exemple chinois peut-être transposé à d’autres pays", estime-t-il.

"EDF a perdu le savoir-faire"

Mais l’exemple de cet EPR chinois est l’exception. C’est pour l’instant le seul réacteur nouvelle génération en service. En France, le chantier de Flamanville a déjà coûté 11 milliards d’euros et certains préconisent d’arrêter les frais.

"Cela signifie que EDF a perdu le savoir-faire de construction des réacteurs nucléaires et qu’on ne peut pas continuer à prétendre qu’on va construire de nouveau réacteur ou entretenir les plus vieux sans qu’il y ait de problèmes. La réalité c’est qu’on ne peut pas mener à bien ce programme nucléaire", assure Cyrille Cormier, expert spécialiste du nucléaire.

De 75 à 50% d'énergie issue du nucléaire en 2035

"Il faut arrêter d’autant plus que les énergies renouvelables sont de moins en moins cher et sont beaucoup plus faciles à déployer pour un service de la même qualité finalement", ajoute-t-il.

Le retard de Flamanville interroge sur l’avenir du reste du parc nucléaire français. 48 des 58 réacteurs ont plus de 30 ans. Le ministère de la transition écologique a réaffirmé hier sa volonté de mettre à l'arrêt les centrales à charbon d'ici 2022 et la centrale de Fessenheim en 2020 et ce malgré le retard de Flamanville. Se pose alors la question de l’approvisionnement en électricité car aujourd’hui 75 % de cette énergie provient du nucléaire en France. Le projet de loi énergie climat prévoit de ramener à 50 % cette part d’ici 2035.

Caroline Philippe (avec G.D.)