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"On va dans le mauvais sens": comment est calculé le jour du dépassement

La planète vit à crédit à partir de ce jeudi. Les habitants de la Terre ont consommé l'ensemble des ressources naturelles qu'elle est en mesure de produire.

Ce jeudi 28 juillet, l'humanité a consommé tout ce que la planète peut produire en un an sans s'épuiser et va désormais vivre le reste de l'année à crédit, avertissent les ONG Global Footprint Network et WWF. Cette date correspond à celle où "l'humanité a consommé l'ensemble de ce que les écosystèmes peuvent régénérer en une année", assurent les deux ONG.

"Durant les 156 jours qui restent (jusqu'à la fin de l'année), notre consommation de ressources renouvelables va consister à grignoter le capital naturel de la planète", précise à l'AFP Laetitia Mailhes, de Global Footprint Network.

Pour le dire de façon imagée, il faudrait 1,75 Terre pour subvenir aux besoins de la population mondiale de façon durable, selon cet indicateur créé par des chercheurs au début des années 1990, et qui ne cesse de s'aggraver.

Le "dépassement" se produit quand la pression humaine dépasse les capacités de régénération des écosystèmes naturels. Il ne cesse, selon l'ONG Global Footprint Network qui suit cette mesure, de se creuser depuis 50 ans: 29 décembre en 1970, 4 novembre en 1980, 11 octobre en 1990, 23 septembre en 2000, 7 août en 2010. En 2020, cette date avait été repoussée de trois semaines sous l'effet des confinements liés à la pandémie de Covid-19, avant de renouer avec les niveaux d'avant.

"On va dans le mauvais sens", alerte sur RMC Pierre Cannet, directeur des campagnes de WWF France. "On devrait améliorer la date en reculant de dix jours chaque année. Or, on le voit, on avance d'un ou deux jours à chaque fois. On ne va pas toujours pouvoir vivre à crédit", s'inquiète-t-il.

Comment se fait le calcul?

Cette empreinte écologique se calcule à partir de six catégories différentes, "les cultures, les pâturages, les espaces forestiers nécessaires pour les produits forestiers, les zones de pêche, les espaces bâtis et les espaces forestiers nécessaires pour absorber le carbone émis par la combustion d'énergies fossiles" et est intimement liée aux modes de consommation, en particulier dans les pays riches.

Pour faire une estimation de la date de dépassement, Global Footprint Network divise "la biocapacité de la planète (les ressources que la Terre est capable de générer chaque année)" par "l'empreinte écologique de l'humanité (la demande de l'humanité chaque année)" et multiplie le tout par 365, le nombre de jours dans l'année.

Qui sont les plus gros consommateurs?

Tous les pays ne consomment pas pareil. Ainsi, si tous les humains vivaient comme les Français, le jour du dépassement interviendrait encore plus tôt, le 5 mai 2022. Et il faudrait 2,9 Terre pour subvenir aux besoins de l'humanité.

Mais les Français sont loin du trio de tête. Les Qataris, les Luxembourgeois et les Bahreïni sont les trois plus gros consommateurs. Si la population mondiale vivait comme les Qataris, il faudrait 9,02 Terre pour assurer les besoins de la planète, contre 8,2 pour les Luxembourgeois et 5,2 pour les habitants du Bahreïn alors qu'a contrario, si le monde vivait comme les Indiens, il n'y aurait besoin que de 0,7 Terre.

La faute du système alimentaire?

WWF et Global Footprint Network pointent en particulier du doigt notre système alimentaire. "Notre système alimentaire a perdu la tête avec une surconsommation des ressources naturelles, sans répondre aux besoins de lutte contre la pauvreté" d'un côté, et de l'autre une épidémie de surpoids et d'obésité, commente Pierre Cannet, de WWF France.

"L'empreinte écologique de l'alimentation est considérable: la production de nourriture mobilise toutes les catégories d'empreinte, en particulier les cultures (nécessaires pour l'alimentation animale et humaine) et le carbone (l'agriculture est un secteur fortement émetteur de gaz à effet de serre). Au total, plus de la moitié de la biocapacité de la planète (55%) est utilisée pour nourrir l'humanité ", détaillent les deux ONG.

Plus précisément, "une grande partie des denrées alimentaires et des matières premières sont utilisées pour nourrir des bêtes et des animaux qu'on consomme après", précise Pierre Cannet. Dans le cas de l'Union européenne, "63% des terres arables (...) sont directement associées à la production animale", donne-t-il comme exemple.

Or l'agriculture contribue à la déforestation, au changement climatique en émettant des gaz à effet de serre, à la perte de la biodiversité et à la dégradation des écosystèmes, tout en utilisant une part importante de l'eau douce, rappellent les ONG.

Comment inverser la tendance?

Se basant sur les recommandations scientifiques, les associations plaident pour une baisse de la consommation de viande dans les pays riches. "Si nous pouvions réduire la consommation de viande de moitié, nous pourrions reculer la date du jour du dépassement de 17 jours. Limiter le gaspillage alimentaire permettrait de faire reculer la date de 13 jours, ça n'est pas négligeable", explique Laetitia Mailhes, alors qu'un tiers de la nourriture est gaspillée dans le monde.

"Les sécheresses, les vagues de chaleur, sont des signaux pour nous dire qu'il faut réduire nos consommations de viande et nos émissions de C02. Chacun dans nos quotidiens, on peut déjà avancer", renchérit Pierre Cannet.

"L'objectif est de nous assurer que les décideurs politiques prennent des décisions pour changer de modèle de consommation et de production", appelle-t-il.

Guillaume Dussourt avec AFP