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"Routes d'Europe": des villes allemandes encore très dépendantes de l'exploitation du charbon

Dans l'est de l'Allemagne, certains villages ont été désertés en raison de l'extension des mines de charbon à ciel ouvert qui continuent d'être exploitées. La question énergétique sera clé dans le scrutin européen à venir alors que l'Allemagne figure parmi les mauvais élèves en terme d'émissions de gaz à effet de serre.

Plus de 61 millions d'Allemands sont appelés aux urnes le 26 mai prochain. Et pour ces élections européennes, l'environnement est l'un des thèmes majeurs. Le parti écologiste y est d'ailleurs l’une des trois plus grandes puissances politiques. 

Pourtant si ce pays est connu pour être en pointe dans la défense de l’écologie, il reste le plus mauvais d’Europe en terme d'émissions de gaz à effet de serre. L’Allemagne rejette en effet 10 fois plus de CO2 que la France. Et notamment à cause de l’exploitation du charbon qui représente près de 40% de l’électricité produite dans le pays.

Des villages-fantômes

Une industrie qui menace certains villages comme nous avons pu le constater à Proschim, à 1h30 au sud de Berlin. Expérience troublante que celle d’arriver dans un village vide de ses habitants si près de la capitale.

"600 personnes habitaient dans ce village. A l’époque, on venait souvent ici. Pour moi, c’est une énorme catastrophe, c’est pire que pendant la 2e guerre mondiale. C’est horrible", nous explique Gunther un militant opposé à la mine de charbon.

Gunther Jurischka a connu la vie ici, il habite juste à côté, mais l’extension de la mine a créé un village fantôme. C’était il y a 18 ans, pourtant des bassines, des matelas, des effets personnels sont encore visibles derrière les vitres cassées. Et Gunther est inquiet pour son propre village.

"Il y a le risque que cela nous arrive. Mais nous ne laisserons jamais ce projet se réaliser parce que produire de l’électricité avec du charbon ce n’est plus d’actualité aujourd’hui."

"Oui, le paysage souffre mais nous avons besoin de ce charbon"

Pourtant si on s’éloigne un peu l’exploitation du charbon ici ne s’arrête pas, loin de là. On peut voir des paysages lunaires, des kilomètres de petites collines de charbon. Ancien ouvrier des mines, Wolfram assume.

"Oui, le paysage souffre mais nous avons besoin de ce charbon parce que l’éolien et le solaire ça ne suffit pas."

C’est également l’avis de la maire du village, Birgit Zuchold, devant une photo aérienne de sa ville elle fait le constat. 

"La tache très sombre vue de haut, c’est notre mine à ciel ouvert. Aujourd'hui ma ville est toujours très dépendante du charbon."

"On ne sortira pas du charbon en claquant des doigts"

Ici, le charbon c’est 28.000 emplois directs et indirects alors la maire veut bien être montrée du doigt, mais changer ne sera pas simple.

"A Berlin, on croit que la production de courant se fait juste derrière la prise. Mais ils ne connaissent pas l’effort produit en amont. On ne sortira pas du charbon en claquant des doigts. On aimerait bien par exemple que l’Union Européenne s’implique davantage."
Thomas Chupin et Nicolas Ropert (avec James Abbott)