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Vignettes anti-pollution à Grenoble: "Une mesure injuste, incohérente et inefficace"

Face à la persistance de la pollution à Grenoble, un véhicule sur quatre ne pourra pas circuler mardi dans le cadre du dispositif de vignettes

Face à la persistance de la pollution à Grenoble, un véhicule sur quatre ne pourra pas circuler mardi dans le cadre du dispositif de vignettes - LIONEL BONAVENTURE / AFP

Face à la persistance de la pollution à Grenoble, un véhicule sur quatre ne pourra pas circuler mardi dans le cadre du dispositif de vignettes que la métropole alpine est la première à expérimenter et que le gouvernement souhaite généraliser. Une "pastille" vivement critiquée sur RMC.fr par Alain Freyssinet, vice-président de l’Automobile Club du Dauphiné.

Alain Freyssinet, vice-président de l'Automobile Club du Dauphiné:

"C'est une mesure injuste car elle pénalise les moins favorisés. Au-delà de son coût (4,18 euros), on ne roule pas avec une vieille voiture par plaisir. C'est souvent par manque de moyens. Autre forme d'injustice, les voitures de collection, c’est-à-dire celles qui ont plus de trente ans, sont exclues de ce dispositif. C’est-à-dire qu'aujourd'hui vous pouvez rouler avec une 205 GTI mais pas avec une 206 HDI. On est d'accord qu'une voiture de collection n'est pas faite pour rouler mais cela prouve bien qu'il n'y a pas de cohérence dans cette mesure anti-pollution.

C'est injuste aussi parce qu'il n'y a pas de traitement particulier pour les véhicules des handicapés. Un handicapé à une voiture qui lui coûte très cher, souvent vieille parce que de toute façon il roule peu. Il se retrouve donc parmi les premiers pénalisés. J'ai aussi tendance à dire que c'est une mesure inefficace. Ça m'a fait un peut sourire car lundi, toute la journée, j'ai entendu des gens qui sont allés chercher leur femme au boulot, qui sont allés chercher leur fils parce que l'autre avait un vieux véhicule dans lequel il ne pouvait pas rouler.

"Les pastilles s'appuient sur une règle que tout le monde sait fausse"

Au lieu de faire 10 kilomètres avec le vieux véhicule, ils ont fait 20 kilomètres avec le plus récent. Ça ne me paraît donc pas très cohérent. D'autant plus que l'on parle aussi beaucoup des particules fines. Or, ce sont majoritairement les moteurs modernes qui émettent ces particules fines. Mais ce qu'il y a certainement de plus incohérent encore est à mettre en rapport avec le scandale Volkswagen qui montre que les normes anti-pollution mises en place aujourd'hui sont fausses. Et ce dans un ordre de grandeur allant de 1 à 40.

On a trouvé des véhicules qui ont une pollution 40 fois supérieure à ce que dit la norme. Et on parle bien là de véhicules récents. Cela veut dire que les fameuses pastilles s'appuient sur cette règle que tout le monde sait fausse. Vous ne trouvez pas ça aberrant? Elle est tellement fausse que l'Europe est en train de la modifier et de donner un peu de mou aux constructeurs. Du coup, on va devoir revoir le phénomène des vignettes?

"Il y a des habitudes à changer mais cela prend du temps"

L'incohérence est aussi dans l'ordre des choses déployées. Aujourd'hui, il faut d'abord mettre les moyens de transports en commun à niveau, leur faire respecter les horaires mais surtout les adapter en dimension. A certaines heures, on pourrait avoir des véhicules plus petits, consommant moins et pollueraient donc moins. On me fait laisser ma voiture parce qu'elle pollue. En revanche, je peux monter dans un bus où, selon les heures, il n'y a que deux ou trois personnes. Ce bus polluera donc 25 fois plus que ma voiture. Une idée serait donc de développer des micro-cars à Grenoble.

Il y a des habitudes à changer mais cela prend du temps. Et c'est parce qu'on n'a pas pris ce temps-là en amont que l'on est contre le mur aujourd'hui. Ça a été fait à la va-vite. Comme tout ce qui se fait au niveau de la voiture à Grenoble. On parle de 'métropole apaisée' mais pour ça elle a besoin de moins de feux et de feux plus synchronisés, on n'y a pas touché. Elle a besoin de moins de 'stop' et de 'cédez la priorité' où l'on n'est pas obligé de s'arrêter, de redémarrer et donc de polluer. Elle n'a pas besoin enfin de ralentisseurs où l'on s'arrête et redémarre. Cette pollution engendrée est bien supérieure au fait de sortir les 8 ou 26% de vieux véhicules interdits cette semaine".

Propos recueillis par Maxime Ricard