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Votre enfant veut devenir astronaute? "Il a beaucoup plus de chances que de gagner au loto"

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Thomas Pesquet s’envole jeudi de Baïkonour (Kazakhstan), direction la Station spatiale internationale. Un Français dans l’espace, voilà qui devrait encourager quelques vocations chez les plus jeunes. Pour Lionel Suchet, directeur innovation, applications et sciences au CNES, c’est un rêve qui n’est pas si inaccessible que cela pour celui qui en a la motivation.

Lionel Suchet, directeur innovation, applications et sciences au CNES

"Cela fait partie des retours qu’on attend de ces missions: les vocations qui vont se déclencher chez les petits, chez les moins petits, les étudiants, les lycéens. C’est un moteur très important pour les vocations vers le spatial, vers les carrières scientifiques. Moi je suis entré au CNES, c’était la période d’Hermès. Si on remonte encore dans le temps, les missions Apollo aux Etats-Unis ont déclenché pleins de vocations, partout. 

C’est un peu inaccessible, certes, parce que c’est l’excellence, ce sont les meilleurs des meilleurs qui y arrivent. Enfin les meilleurs… En tout cas les plus motivés. Il y a deux choses fondamentales. D’abord la santé, parce qu’on ne peut pas se permettre d’envoyer des gens dans l’espace qui ne sont pas en bonne santé. Pour faire court, il ne faut aucun problème: la vue, les dents, le cœur, et tout le reste... Ce sont des gens triés sur le volet.

"Avec une forte motivation, si on veut faire ça on peut y aller"

Le deuxième critère fondamental, c’est une motivation farouche. Il faut être prêt à tout casser pour y arriver. C’est le vol d’une vie, c’est une carrière forgée de passion. Après, le domaine d’activité, il n’y a pas de besoin particulier. On n’est pas obligé d’être pilote d’essai. On a eu aussi des médecins, des ingénieurs… On peut travailler dans des domaines assez variés, certes scientifiques déjà. Pour les explorations futures, on aura besoin de médecins à bord, d’ingénieurs pour réparer les systèmes... Alors oui, il faut être bon à l’école, être dans la tête du peloton dans ses études. Avec une forte motivation, si on veut faire ça, on peut y aller.

Il y a des sélections, régulièrement. Les astronautes sont dans un corps européen, il y a un appel à candidature tous les cinq ans. Il y a un premier tri qui est fait sur quelques milliers de candidats. Rapidement on ressert sur une centaine. On passe des tests médicaux, il y a des entretiens, puis on resserre encore le groupe jusqu’à arriver à une dizaine de postes. Donc les chances ne sont pas nulles. Après tout, passer de quelques milliers à une dizaine, c’est déjà beaucoup plus de chances que de gagner au loto.

"Très difficile d’y arriver si on n’a pas de qualités sportives"

Il faut aussi être endurant. En général quand on n’aime pas le sport, on n’est pas dur au mal. Dans les sélections, il y a des exercices physiques. C’est très difficile d’y arriver si on n’a pas de qualités sportives. Alors ce n’est pas être sportif de haut niveau, ce n’est pas être sélectionné en équipe nationale, mais c’est quand même avoir un fond physique entretenu. Donc il faut encourager les jeunes à faire du sport à côté des études. Les deux aspects sont importants.

Est-ce qu’on peut y arriver sans être bon à l’école? La motivation est plus importante que tout, y compris quand on a des résultats moyens à un moment donné de sa scolarité. Rien n’est perdu. Avec la motivation parfois, il y a des déclics qui se passent. Des jeunes en fin de classe qui tout d’un coup comprennent quelque chose, ça arrive. De la même façon qu’au niveau de la forme physique, une forte motivation peut vous faire faire des choses extraordinaires. Au niveau intellectuel c’est la même chose. Il ne faut pas se décourager. Si on a envie d’y arriver, la motivation fait gravir des montagnes.

Tout le monde ne gagne pas une place sur Soyouz à la fin. Mais il y a quand même une chance réelle d’y arriver. Si vous êtes parent d’un enfant qui veut devenir astronaute, il y a des bouquins qui existent sur le sujet, il y a un musée extraordinaire à la Cité de l’espace à Toulouse. Il faut les encourager, les alimenter, maintenir le flux de cette passion, parce que c’est ça qui fait avancer les choses".

Propos recueillis par Antoine Maes