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A Compiègne, des HLM fermées pour lutter contre les dealers: "Même si on rase tout, il y en aura toujours"

Un HLM (Photo d'illustration)

Un HLM (Photo d'illustration) - Olivier Morin - AFP

L'Office public d'aménagement et de construction (OPAC) de l'Oise a décidé de fermer une partie des bâtiments de la cité du Clos-des-Roses, à Compiègne, squattés par des dealers. Une mesure radicale qui divise au sein du quartier, où s'est rendue RMC.

C'est une mesure radicale que veut prendre un office HLM pour mettre fin au trafic de drogue: abandonner définitivement certains immeubles squattés par les dealers. L'Office public d'aménagement et de construction (OPAC) de l'Oise, a décidé de fermer une partie des bâtiments de la cité du Clos-des-Roses, à Compiègne, quartier où vivent 4.000 personnes. Les premières lettres pour demander aux habitants de déménager partiront la semaine prochaine. Dans cette cité, les trafiquants de drogue auraient pris le contrôle de plusieurs immeubles, des caves aux appartements. Si les trafics existent depuis plusieurs années à cet endroit, les choses auraient considérablement empiré ces derniers mois.

Selon Arnaud Dumontier, le président (LR) de l'OPAC, qui s'appuie sur un rapport des renseignements généraux et de l'OPAC (que RMC n'a pu consulter) des dealers auraient même installé des laboratoires clandestins, faisant des branchements sauvages sur les installations de gaz et d'électricité. Arnaud Dumontier a donc décidé de faire fermer les trois parties de bâtiments concernés, soient trois cages d'escalier, "dans lesquelles il y a un risque d'explosion". "Je suis dans une logique de sécurisation de mes résidents, explique-t-il à RMC. Dans ce quartier, l'État de droit n'existe plus. Des moyens de police pérennes et massifs m'avaient été promis entre septembre et décembre. Je ne les ai jamais vu venir !"

"Dans ce quartier, l'État de droit n'existe plus"

25 familles vont ainsi être déplacées pour couper le gaz, l'eau et l'électricité dans les parties concernées par les dégradations, pour être relogées dans d'autres appartements de la ville. Tatiana, cheffe d'entreprise, habite l'un des immeubles concernés. Elle dit comprendre cette décision, mais estime qu'elle n'est pas viable sur le long terme. "Effectivement, s'il y a des laboratoires clandestins et que les dealers se branchent sur le gaz et l'électricité, ça veut dire que nous sommes en danger nous aussi. Mais soit on met les pieds dans le plat et on fait vraiment du ménage dans la cité, soit on laisse le quartier tel qu'il est, parce que on vit bien entre nous".

Pour Adème, qui tient un commerce au milieu de la cité, cette décision est tout simplement inefficace. "C'est reporter le problème vers un autre quartier. On avait un essaim d'abeilles, ils vont taper dedans, et on va se retrouver avec des abeilles dans un autre quartier. Même si on rase tout le quartier, il y aura toujours des dealers".

"Ça va augmenter le stigmatisation du quartier"

C'est l'avis partagé par le maire Les Républicains de Compiègne, Philippe Marini, qui s'oppose à l'abandon des trois cages d'escalier du Clos-des-roses. "Si on pouvait en finir avec le trafic de drogue simplement en fermant des cages d'escalier ou en démolissant des immeubles, on le ferait depuis longtemps. C'est une fausse bonne idée, et j'ai peur que cela augmente la stigmatisation d'un quartier qui n'en a pas besoin". Pour le maire, il y a d'autant moins d'urgence que, selon lui, l'enquête effectuée en novembre pour chercher les traces de labos et des dégradations dans la cité, n'avait rien révélée.

P. Gril avec Violette Voldoire