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Aux Jeux olympiques, le coup de gueule de certaines athlètes contre les tenues

Des polémiques autour des tenues des athlètes femmes sont apparues à Tokyo. De plus en plus de sportives réclament le droit de s’habiller comme elles l’entendent. Dernier exemple en date, les gymnastes allemandes.

Expliquez nous, Margaux Bourdin, ces polémiques autour des tenues des athlètes femmes. De plus en plus de sportives réclament le droit de s’habiller comme elles l’entendent. Dernier exemple en date, les gymnastes allemandes aux JO de Tokyo.

Dimanche dernier, les quatre athlètes ont brisé un tabou. Elles ont laissé leur justaucorps au placard. À la place, elles se sont présentées à leur épreuve de qualification vêtues d’une combinaison intégrale. Un vêtement certes moulant, mais qui couvre l’ensemble de leur bras et de leurs jambes.

L’objectif, dénoncer le diktat du justaucorps, montrer que chaque femme a le droit de choisir ce qu’elle veut porter. C’est clairement un message féministe. Alors ce n'est pas la première fois qu’elles font ce choix. Ça avait déjà été le cas pour les championnats d’Europe en avril. Là, il semble qu’elles ont profité de la médiatisation des jeux.

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À l’époque, Sarah Voss, l’une des athlètes avait expliqué que lorsqu’elle était petite le justaucorps ne lui posait pas de problème. C’est après la puberté qu’elle s'était moins bien sentie dans cette tenue. Sa coéquipière Elisabeth Seitz, elle, dit que le justaucorps expose les athlètes à des regards pas toujours bienveillants.

Alors il faut savoir que cette combinaison est bien autorisée par le règlement dans les compétitions depuis plus de 10 ans. Mais elle avait très peu été utilisée jusqu'à présent.

Et il y a dix jours, c’est l’équipe féminine de beach-handball norvégienne qui fait parler d’elle. Et ça se passe moins bien pour elles. L’équipe refuse en fait de porter le bikini réglementaire. À la place, elles optent pour un short comme les athlètes masculins. Mais la tenue n’est pas conforme au règlement de la Fédération internationale qui les sanctionne. Elles écopent d’une amende de 1500 euros, soit 150 euros par sportive.

Mais elles ont le soutien de leur fédération nationale qui bataille depuis plusieurs années contre ce bikini jugé trop dégradant.

Mais quel intérêt de porter ces tenues en fait?

Selon plusieurs experts qui dénoncent des règlements parfois sexistes, l'idée est d'attirer du public, un public plus souvent masculin, rendre le sport plus lucratif avec à la clef des sponsors. Sur ce sujet, il y a d’ailleurs une étude très intéressante. Elle a analysé la façon dont étaient filmés les matchs de volley pendant les JO de 2004. Près de 40% des plans étaient centrés soit sur la poitrine des joueuses soit sur leurs fesses. L’étude conclut qu’on imprime plus souvent dans l’esprit les caractéristiques physiques des joueuses que leur performance sportive.

En France, la fédération de hand s’est emparée de ce combat. Nodjialem Myaro qui est la vice présidente en charge du handball féminin a rencontré l’équipe de France féminine de beach pour connaître leur ressenti. Elle dit avoir pris une claque. Pourquoi ? Eh bien parce que ces athlètes lui ont partagé leur colère.

Les Françaises ne comprennent pas pourquoi on leur impose ce bikini. Elles expliquent d’abord que cette tenue peut dissuader des femmes de pratiquer ce sport. Certaines expliquent ne pas se sentir à l’aise avec. D’autres confient même devoir modifier leur rythme menstruel pour ne pas avoir leurs règles et pouvoir porter ce maillot de bain pendant les compétitions. Alors la fédération a prévu de ne pas en rester là.

Elle va saisir les instances européennes et internationales avec l’objectif de faire modifier le règlement. Faire en sorte que les athlètes soient enfin libres de choisir leur tenue.

Et dans les autres sports, est ce que ça bouge ?

La fédération de gym explique saluer ces récentes prises de position. Mais pour l’instant, les sportives françaises n’ont pas manifesté leur envie de remplacer leur justaucorps par des combinaisons.

Pour les JO de Tokyo, deux athlètes de la délégation, Mélanie de Jesus dos Santos et Marine Boyer, ont été sollicitées pour élaborer leur tenue. Des justaucorps avec des manches mi-longues. On peut donc imaginer qu’elles portent une tenue qui leur convient.

En tout cas, du côté du ministère des Sports on ne semble pour le moment pas s’être emparé du sujet. “Osez le féminisme” dénonce une hyper sexualisation des corps et appelle à ce que le vêtement réglementaire soit choisi par l’athlète sur deux critères, le confort et la praticité.

Margaux Bourdin avec Guillaume Descours