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"Tenues républicaines" à l'école: "Ce n’est pas parce qu'une fille montre son nombril que les garçons doivent en faire un objet sexuel", selon Laurence Rossignol

Jean-Michel Blanquer veut que les élèves des écoles françaises mettent "une tenue républicaine": "Ça ne veut rien dire", selon Laurence Rossignol qui y voit des propos sexistes.

Tout est parti d’une lycéenne de Dax. À l’entrée de l’établissement où est scolarisée la jeune fille, on y voit deux affiches avec la règle suivante, écrite noir sur blanc: "tenue correcte exigée". L’étudiante a alors créée un compte Instagram, à l’origine du mouvement dit du 14 septembre, jour où des jeunes filles ont décidé de porter des jupes, des crop-top et autre décolletés, jugés par certains comme inappropriés à l’école.

"Ce qui est intéressant, c’est surtout ce qu’il n’a pas compris dans ce qu’il se passe aujourd’hui"

Depuis, la polémique est née. Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation, a évidemment réagi. Il souhaite que les élèves adoptent une "tenue républicaine. Vous n'allez pas à l'école comme vous allez à la plage ou en boîte de nuit", a-t-il même ajouté.

Des propos qui n’ont pas plu à de nombreuses femmes. Laurence Rossignol, sénatrice de l’Oise et présidente de l’Assemblée des femmes est l’une d’entre elles.

"Une tenue républicaine? Ça ne veut rien dire, réagit-elle sur RMC. Je pense que dans l’esprit de Jean-Michel Blanquer, il y avait une référence à l’uniforme de l’école de la République. Mais Je pense que cette expression ne mérite pas tant d’intérêt que ça. Ce qui est intéressant, c’est surtout ce qu’il n’a pas compris dans ce qu’il se passe aujourd’hui".

"Dans cette affaire, il y a aussi une dimension extrêmement sexiste"

"L’école a une fonction: apprendre aux jeunes à se préparer à aller un jour sur le marché du travail et se préparer à ne pas venir à un entretien d’embauche habillé comme pour aller à un pique-nique. C’est une chose. Mais elle a aussi une autre fonction, c’est faire évoluer les rapports entre les filles et les garçons", rappelle Laurence Rossignol.

"Et, dans cette affaire, ajoute-t-elle, il y a aussi une dimension extrêmement sexiste parce qu’on ne parle, en fait, que de la tenue des filles. Ce qui apparaît c’est que l’institution scolaire regarde les filles avec les yeux des garçons. Quel est le message que l’Éducation Nationale doit passer ? C’est de ne pas dire "cachez-vous les filles".

"Ce n’est pas parce que les filles montrent leur nombril qu’elles sont disponibles pour qu’ils en fassent un objet sexuel"

Pour elle, il faut davantage se mettre dans la peau d'un fille plutôt que de celle d'un garçon. "Ce qu’il y a en creux, c’est de dire: si les garçons sont perturbés par les filles, c’est parce que les filles montrent trop d’elles-mêmes et qu’elles les empêchent de travailler et de réfléchir. C’est pareil dans les histoires de viol quand on dit que le coupable ce n’est pas le violeur, c’est la fille qui porte la mini-jupe".

"Dans ce mouvement des jeunes filles, il y a une dimension anti-sexiste, féministe, une réplique, une onde de choc de #MeToo. Parce que, ce que les filles contestent, c’est l’idée que la manière dont elles s’habillent provoqueraient la sexualité des garçons".

"La représentation qu’on a, conclue l'ancienne ministre, c’est que les garçons auraient une sexualité irrépressible et que ce serait aux filles de s’en prémunir en se cachant. Il faut apprendre aux garçons que ce n’est pas parce que les filles montrent leur nombril que ça veut dire qu’elle sont disponibles pour qu’ils en fassent un objet sexuel" a-t-elle conclu face à Apolline de Malherbe.

Maxime Trouleau