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Concours d'architectes pour la flèche de Notre-Dame: "On ne sait pas quelle charge la structure portante en pierre peut supporter"

Si on ne connaît pas encore exactement l'ampleur exacte des dégâts qu'a subis la cathédrale, les questions sur sa reconstruction se posent déjà avec notamment la question d'une construction à l'identique ou plus moderne.

Notre-Dame de Paris a résisté aux flammes et reste debout. Et déjà, pour beaucoup, l’heure est venue de penser à sa reconstruction. En effet, une partie du monument a été détruit par le feu et notamment les combles, le toit et la flèche. 

Emmanuel Macron a fixé un cap. Il a annoncé vouloir que la cathédrale soit reconstruite d’ici cinq ans et son Premier ministre, Edouard Philippe a déclaré mercredi, à l’issue du Conseil des ministres, qu’un concours international d’architecture pour la reconstruction de la flèche allait être organisé. 

Alors déjà, les architectes commencent à se pencher sur la question, en se positionnant notamment sur le débat qui monte: faut-il reconstruire à l’identique ou adapter à l’époque avec de nouveaux matériaux? 

Pour Philippe Prost, architecte du patrimoine qui a notamment rénové le bâtiment de la Monnaie de Paris, c’est un chantier unique qui sort du cadre commun.

"C’est le cœur de la capitale, c’est la silhouette de Paris. On ne peut pas intervenir sur ce sujet-là comme sur un autre. La flèche, c’était l’élément saillant qui caractérise la capitale et il me semble que c’est un élément qui mérite d’être retrouvé. Cette flèche, elle fait partie intégrante du paysage, elle monte presque à 100 mètres de haut, on la voit de tout Paris", explique-t-il. 

S’il ne veut pas dénaturer la cathédrale, il concède avoir été un peu inquiet lors de l’annonce du concours. "J’ai été rassuré par le propos du Premier ministre par rapport au concours international. Au début, je me suis dit, un concours international... Est-ce que ça va porter sur faire une bulle ou reconstruire la flèche en verre, j’étais un peu inquiet, mais je le suis beaucoup moins". 

Acier, béton, bois... Quels matériaux pour la charpente

Lui n’a pas d’opinion arrêté sur la question des matériaux qui devront être utilisés pour la reconstruction du comble. Il prend d’ailleurs des exemples précis.

"La cathédrale de Chartres a brûlé en 1820, la grande forêt a été détruite et reconstruite en acier. Celle de Reims a été bombardée pendant la Seconde Guerre mondiale. Le comble a été reconstruit en petites pièces de béton armé car il y avait à l’époque une pénurie de bois. Donc, par le passé, la question a déjà été posée et on y a répondu selon les matériaux que l’on utilisait avec l’idée de redonner une volumétrie, mais par contre en utilisant des techniques de l’époque", affirme l’architecte. 

Pour Isabelle Saint-Martin, directrice de l'institut européen en sciences des religions, le débat sur la modernité a toujours existé. "Cette flèche qu'on a vu s'effondrer dans les flammes qui datait de 1864, en son temps elle avait fait polémique. Donc il y a une tension à respecter entre préserver l'idéal du bâtiment et peut-être tirer parti de techniques plus contemporaine", explique-t-elle. 

Philippe Prost lui met en garde sur le fait que les choix de matériaux s’imposeront peut-être pour la rénovation.

"La cathédrale a subi le feu, et ensuite elle a subi l’eau. On ne sait pas aujourd’hui quel est son état. Dans quelques semaines, quelques mois, on en saura plus. On ne sait pas quelle charge la structure portante en pierre peut supporter. Donc peut-être que le débat de reconstruire à l’identique sera peut-être un peu vain, un peu caduc", prévient-il. Il souhaite que ce chantier "gigantesque et unique", soit ouvert au public. "Ça doit être un lieu de formation, et de découverte", confie-t-il. 
Guillaume Descours