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Conflans: "Les gens sont choqués par la décapitation alors que c’est le lynchage orchestré par des religieux qui aurait dû déjà faire réagir"

Après le meurtre de Samuel Paty, de nombreux professeurs se disent en colère. Ils se disent seuls face au "prof-basing" et aux "lynchages orchestrés par des religieux".

"Au début, on a eu du mal à y croire. Puis, il y a eu un immense chagrin raconte Fatiha Agag-Boudjahlat, professeure d'histoire-géographie dans un collège de Toulouse. 

"Ce qu’on appelle résilience, c’est en fait une accoutumance"

"Il y a de la colère. Il faut arriver à des drames comme celui-ci pour qu’on arrête ce "prof-bashing" permanant et qu’on se rappelle que les profs, ce sont d’abord des sentinelles de la République. Nous transmettons aux élèves des valeurs de devenir des citoyens rationnels", rappelle celle qui est aussi l'auteur de plusieurs livres dont le dernier "combattre le voilement".

"Est-ce que les choses vont changer ? Je ne crois pas, regrette-t-elle. Ce qu’on appelle résilience, c’est en fait une accoutumance. Les gens sont choqués par le procédé de décapitation alors qu’en fait c’est le lynchage orchestré par des religieux qui aurait dû déjà faire réagir".

"C’est du vivant qu’on doit soutenir ces gens-là"

"Les soutiens post mortem ne m’intéresse pas, dit Fatiha Agag-Boudjahlat. C’est du vivant qu’on doit soutenir ces gens-là. D’ici quelques semaines, ça sera comme d’habitude. On reviendra au "prof-basing" où les parents - qui sont des clients - sont de plus en plus présents dans l’école et on n’arrive plus à faire respecter l’étanchéité de la clôture".

"Le problème, c’est qu’on est seuls"

Pour elle, les professeurs sont abandonnés par l'Éducation nationale. Le ministre Jean-Michel Blanquer n'est pas le seul responsable de cet échec pense-t-elle.

"Quand vous êtes dans établissement avec de la mixité ethnique, les problèmes ne se posent pas de la même façon. Quand vous êtes dans un quartier complètement ghettoïsé, vous avez la tendance à vouloir acheter la paix sociale avec l’autorité auto-désigné: l’Imam. Mais le problème, c’est qu’on est seuls. J’ai l’impression que tout le ministère est contre Mr.Blanquer lui-même. Il dit les choses mais, sur le territoire, cela ne se produit pas".

"Les enfants ne font que répéter ce que leurs parents disent"

Alors, après le meurtre de Samuel Paty, sauvage assassiné, plusieurs enseignants doutent. Certains ont même eu l'idée d'annuler leurs cours sur les caricatures, pourtant programmé de longue date. C'est ce qu'elle explique Fatiha Agag-Boudjahlat.

"J’ai une collègue de français qui s’est posé des questions sur le cours sur les caricatures qu’elle allait faire à la rentrée. Son premier réflexe a été de dire qu’elle ne le ferait pas et, après, elle s’est ressaisit. Moi, je n’ai pas peur car j’ai fait ce métier parce que j’aime ces enfants. Et ils ne sont pas en cause. Ils ne font que répéter ce que leurs parents disent".

Une enquête a été ouverte immédiatement après le meurtre. En tout, 11 personnes ont été placés en garde à vue pour déterminer ce qui a poussé le meurtrier à passer à l'acte.

Maxime Trouleau