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"Il y a des pressions de la société": après l'attaque de Conflans-Sainte-Honorine, les enseignants demandent plus de protection

Les syndicats demandent plus de protection de l'éducation nationale en cas de pressions de parents d'élèves comme ce fut le cas avant l'assassinat de Samuel Paty.

Quel rôle a joué la diffusion d’une vidéo d’un parent d’élève appelant à la démission de l’enseignant assassiné à Conflans-Sainte-Honorine vendredi ? Après un cours sur la liberté d’expression où il avait montré des caricatures de Mahomet, plusieurs personnes s’étaient élevées contre Samuel Paty, le professeur d’histoire–géographie tué vendredi. Une plainte avait même été déposée contre l’enseignant qui avait en retour déposé une autre plainte pour diffamation.

Mais selon plusieurs témoignages, l’histoire avait profondément marqué le professeur. Et alors que l’enquête continue, le premier ministre Jean Castex veut une réponse ferme en cas de pressions sur les enseignants : "J’ai réuni le ministre de l’Intérieur et la ministre déléguée, le ministre de l’Éducation nationale et le garde des Sceaux pour déterminer une stratégie de riposte encore plus ferme, plus rapide et plus efficace quand un enseignant subit des menaces, même insidieuses. Nous travaillons pour aboutir au plus vite à des actes concrets", assure-t-il au JDD.

Des pressions de parents d’élèves, Sophie, institutrice dans les Hauts-de-Seine, en a subi. Un soir elle est violemment prise à partie par le père d'une élève. Il considère que sa fille est harcelée par d'autres enfants, et que Sophie ne fait rien : "Il m’a prise à partie, en me hurlant dessus, en disant qu’il allait revenir tous nous faire sauter et moi la première, ajoutant que c’était scandaleux, que je mettais en danger sa fille".

"Il faut que l'institution protège plus les enseignants"

La scène dure seulement quelques minutes. Mais Sophie, toute jeune enseignante est bouleversée. Et y pense pendant de longues semaines. "On ne vient pas après avec le même état d’esprit, j’avais peur de le retrouver sur le trottoir. Je ne savais pas ce qu’il allait faire, s’il allait revenir".

Sophie a eu la chance d'être soutenue par sa direction. Mais ce n'est pas toujours le cas. C'est ce que réclame aujourd'hui, le syndicat FSU. "Il y a des pressions de la société sur les enseignants, et il faut qu’on ait une protection de la part de notre administration", réclame Benoit Test le secrétaire général du FSU.

"Il faut que l’institution protège beaucoup plus les enseignants. Dès lors qu’il y a une mise en cause ou que l’on en vient aux mains, il ne faut pas hésiter à porter plainte. Il faut permettre de sécuriser l’exercice de mission qui devient de plus en plus compliqué vu le contexte". Des pressions sur les profs qui se multiplient. Notamment, selon Bruno Teste, à travers l'usage massif des réseaux sociaux.

Marie Regnier (avec Guillaume Dussourt)