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Islamisme à l'école: "Ces cas sont marginaux"

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. \nDans Principal de collège ou imam de la République, brûlot de la rentrée, Bernard Ravet décrit une poussée de l'intégrisme musulman dans "trois des collèges marseillais les plus difficile". Interrogée par RMC.fr, la professeure Béatrice Mabilon-Bonfils évoque les biais du livre, et estime que ces cas sont "marginaux". Mais doivent être résolus en s'attaquant aux racines du problème.

Béatrice Mabilon-Bonfils, sociologue, regrette le peu d'enquête de terrain sur la "montée du fanatisme" à l'école.

"Il ne faut pas remettre en cause ce témoignage de ce principal qui parle de son expérience au concret. Toutefois, on a peu de travaux et de données chiffrées sur la montée de l'islamisation et du radicalisme dans les établissements scolaires. Aucune enquête de terrain ne l'accrédite ou ne le rend représentatif.

Dans cet ouvrage, il y a des choses interprétées comme des signes de radicalisation qui sont complètement invraisemblables. Qu'une fille, certes voilée, ôte son voile avant d'entrer dans un établissement, ou que certains élèves ne mangent pas à la cantine pendant le ramadan, en quoi est-ce que cela relève de l'islamisme ? Il y a une confusion sémantique impressionnante.

"Si une jeune fille porte le voile mais l'enlève avant d'entrer dans l'enceinte de l'école, non seulement elle respecte strictement la loi, mais il n'y a aucune preuve qu'un pratique un islam particulièrement radical… On s'autorise un certain type de remarques pour l'islam, qui est une religion d'altérité, qu'on ne s'autorise pas pour d'autres religions."

"Que fait-on face aux comportements extrêmes ?"

Mes travaux montrent qu'il s'exprime chez les élèves musulmans un fort sentiment d'injustice et d'exclusion. Qui n'est pas sans effet, et qui peut attiser des sentiments de frustration et de repli. C'est un problème macro-social qui se manifeste beaucoup à l'école. A l'intérieur de certains établissements, certaines catégories de population sont traitées de façon différentes. Nous parlons avec François Durpaire de "racisme institutionnel". On a des éducations "ethniquement" séparées qui engendrent potentiellement des conflits et des violences, qu'elles soient physiques ou symboliques. Il existe des séries (bac général, bac technologique) sans mixité sociale, mais aussi sans mixité ethnique.

Qu'il y ait des comportements extrêmes, c'est possible. Mais on n'a pas de données chiffrées et ils sont, à mon avis, marginaux. Ma question c'est plutôt: qu'est-ce qu'on y fait? Comment former les enseignants et développer une laïcité d'inclusion? Prenez la question des menus de substitution. On n'a pas pris la mesure que la France est devenue multiconfessionnelle.

"Il faut inclure dans l'institution scolaire ces jeunes filles et garçons qui ne vont pas à la cantine et produire des accommodements raisonnables."

"Il faut nous permettre d'utiliser les statistiques ethniques"

On a peu de temps, peu de moyens et presque rien pour former les enseignants à ces questions. Ils gèrent les cas au coup par coup. Il faut mettre cette question sur la table et en tirer toutes les conséquences. Et je ne nie pas qu'on puisse rencontrer des difficultés. Mais je ne suis pas d'accord pour dire, comme ce principal, qu'il y a une "loi du silence".

Nous chercheurs, avons beaucoup de mal à travailler sur ce sujet parce que, contrairement au monde anglo-saxon, les statistiques ethniques sont interdites en France. Il faut qu'on nous permette enfin de les utiliser."

Propos recueillis par Paul Conge